Trial Murder Only

21.10.06

Le Gouffre

J'ai encore fait une connerie. Avec le Cheminotron, au rond-point, au lieu de prendre la première sortie à gauche comme c'est très bien indiqué dans l'Only PlanetHexagonie, j'ai fermé les yeux et, piquant droit vers les abîmes, je suis entré en moi comme dans un gouffre. Depuis, je me retrouve cloîtré dans la Cathédrale de Rien. J'observe le monde au Périscope, Aristilde patiente et Leyland, il lit Verne.

Faire l'expérience du Noir, à moins qu'il soit servi petit, chaud et très serré, n'est pas une bonne chose sur le long terme. Du moins pas si tu souhaites continuer à vivre dans ce monde-ci au milieu de Les Zôtres comme toi. Comment se fait-il que le françaoui, parlé ou écrit, ne reconnaisse pas de teintes au Noir comme on le fait pour les Bleus et les Rouges ? Ce qui n'est pas Noir doit obligatoirement devenir Gris. Quelles sont ces langues qui ont le bonheur d'avoir les mots qui permettent de mieux explorer le Noir et ses abîmes, de mieux nous le raconter ?

Chez moi, ce Noir n'est jamais très Noir. Oh, il l'est suffisamment pour que je ne distingue plus rien. Je ne sais plus voir ce qui est vrai ou ce qui est faux (mais le peut-on vraiment au fait ?) et encore moins ce qui est vrai et faux. Le laid comme le beau ne sont plus que des souvenirs que je peine à conserver. Je ne vois plus les passants qui me saluent de la main, les amis qui m'écrivent de loin. Effacés les sourires, les regards, les signes. Ne reste plus que le vide et l'absence, la vacuité de mes actes, l'inanité de mes sens. Pourtant, ce rai infime, voire infâme, cette lumière de rien du tout me nargue et éclaire mon visage de mort qui la reflète sur les décombres autour.

Il est une faculté, à moins qu'il s'agisse d'une faiblesse, qui m'épate toujours chez l'humanoïde pour ne pas dire moi. Quand les choses vont mal, pour ne pas dire très mal, on, pour ne pas dire je, serait(s) en droit de se (pour ne pas dire "me la") fermer (pour ne pas dire ta gueule), au(x) reste(s) d'immonde. Il serait compréhensible de n'avoir plus rien à attendre de la vie ou de Les Zôtres. Or, ce n'est pas ce qui se passe. Bizarrement, c'est toujours dans ces moments là que les merveilles émanant de Zôtrui, par ce fil d'Ariane lumineux, se montrent à moi dans leurs habits de sublime.

Dans l'attente (de je ne me souviens plus trop quoi exactement) donc, ce Périscope me sauve la vie. C'est vrai. Entre les effluves provoqués par la mauvaise haleine, les émanations gazeuses et les problèmes de rétention d'un Orignal bâté et une vision périphérique passablement floutée, il est bon d'avoir un œil par-dessus la tête. C'est ainsi qu'à défaut de les gravir, je peux continuer d'admirer mes "Monts Célestes" à moi dont j'aimerais bien te parler un peu.

Le plus haut, un Puy sans fin est hérissé de pics immenses qui, comme les guides, les Gourous, les Cheikhs ou plus simplement quelques amis, m'enseignent ce que je dois savoir pour affronter ces cols infranchissables qui mènent à la Liberté, la Conscience et donc la Mort. C'est le plus mystérieux et bien que facile d'accès par ses abords, son regard impressionne et rend humble. Encore un peu lâche par mon humanité, c'est en douce que j'épie ceux et celles qui tentent cette ascension dont on ne revient pas, ou dont on revient Autre.

Il y a aussi cette ligne de crêtes qui est un appel sans fin à prendre la route sous les flamboyants auspices d'un ciel étoilé et infini.

Je m'en voudrais de ne pas mentionner ces collines et ces monts qui m'entourent et que je parcours parfois pour mieux m'approcher des autres encore inaccessibles. C'est très égoïste, on peut le penser. Quant à savoir ce que je pense …

Et enfin, mon Éminence à moi, ce Djebel de mes rêves de mortel, cette montagne qui se dresse comme un contrefort entre ce monde à vivre et les infinis à explorer, ce port au milieu des cieux. Je me suis donné pour défi de l'atteindre avant de voguer plus haut encore.

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