Trial Murder Only

31.5.06

Durell N.Moriarty, ses gambadinages, son Cheminotron, Leyland et je ne sais quoi encore ...

Salut à toi. Me revoilà enfin et c'est évidemment surtout pour moi que je dis ça. J'ai passé les derniers mois à me débarrasser d'un truc ou deux, à suicider quelques cadavres avant de les jeter à la mer afin qu'ils portent ailleurs leur message mais surtout, j'ai rendu les clés et toutes les chaînes qu'elles refermaient sur moi. Puis, en avant toute, j'ai pris le large aussi.

Comme je ne voulais aller nulle part, ça n'a pas été simple et j'ai dû me fabriquer un véhicule. Des milliers d'heures pour aboutir à ce qui me trimballe aujourd'hui, un Cheminotron. C'est un savant mélange de technologie et de travail artisanal. C'est à la fois un véhicule spatiotemporel et un abri contre l'ineptie, une cathédrale vouée à l'exploration de l'Univers et une cantine.

Une fois le Cheminotron gréé, j'ai mis le cap vers la Métropolie Hexagonale, chef lieu de l'Hexagonie Accidentelle, pays mystérieux s'il en est, où le peuple aime à se fendre la gueule autant qu'à se la bourrer. Voilà qui me convenait tout à fait. Ce n'est pas tout à fait par hasard si j'ai choisi cette destination. Pour être plus juste, je devrais dire que c'est elle qui m'a choisi. En effet, Aristilde (dit Le Fol), en son assemblée des Lieder Mélancoliques, m'a fait quérir.

Dessine-moi un cheminotron

Bien que je sois déjà sur les routes et que le Cheminotron fonctionne à merveille, je veux bien revenir sur ce qui a pu sembler une pause au lecteur endormi. Je profite donc de cette journée de pluie sur les bords d'un indomptable fleuve de l'Hexagonie et sous l'œil apaisant de quelques futures bavettes à l'échalote ruminantes pour expliquer ce qu'a fabriqué Moriarty. Tout ce que vous allez lire découle d'une mémorable cuite où mon ami, le Docteur Faustroll et moi-même, avions convenu que les gestes valaient les opinions et qu'il serait triste de s'en priver. Il ne s'est plus réveillé depuis mais qu'il soit à jamais ici honoré.

D'abord, comme je l'écrivais précédemment, j'ai dû me défaire de mes chaînes. Périlleux exercice que celui-là et qu'il vaut mieux ne pas tenter chez soi. Il faut expliquer à ses bourreaux que l'on ne supporte plus d'être bourré et vendre tout ce qui a pu servir à les supporter. Il faut aussi rasséréner les amis sur le fait que l'on ignore de quoi on va vivre, qu'on s'en fiche, mais qu'on est tout de même saint d'esprit. J'aurais presque pu réaliser tout cela sans heurts, mais c'était sans compter sur ma propriétaire que j'ai dû achever à coup de pelle avant de la dissoudre à l'acide dans une canisette (Salut Raymonde). Mais rassurez-vous, bien qu'elle ait conservé un trésor qui m'eut été utile, je lui ai d'abord remis ses clés (Vous pourriez me croire rancunier).

Ensuite, j'ai consacré mon temps à la fabrication du Cheminotron. Si il y avait une seule chose sur ce véhicule qui ne soit pas taxée d'interdiction, je vous montrerais une photo. Aussi, pour me préserver une mouvance discrète, je me contenterai de le décrire.

Il s'agit en fait d'une roue unique à deux jantes dont l'écartement peut varier au besoin de deux à quarante mètres. Ces deux jantes sont retenues par les différentes composantes de l'engin. Tout d'abord, à la base, on retrouve le système de propulsion et le poste de pilotage. Pour ce poste clé, j'ai su convaincre un orignal aquaphobe de quitter son lac et de mouvoir l'équipage en échange de trois barriques quotidiennes d'alcool frelaté. Bien qu'il n'ait pas l'âge de raison et encore moins celui de conduire, qu'il le fasse dans un état perpétuel d'ébriété et qu'il soit membre à part entière d'une espèce protégée, l'orignal et moi n'avons pas à nous plaindre l'un de l'autre et le Cheminotron chemine parfaitement. L'orignal tient à ce qu'on l'appelle Leyland. J'ignore pourquoi.



Au dessus du poste de pilotage, il y a quelques locaux techniques dont celui qui sert à distiller l'alcool et celui ou je fabrique des trompettes à poire. Il y a aussi, mais vous n'en connaîtrez pas le contenu, cette vaste soute très secrète que j'ai baptisé la Cathédrale de Rien. Il faut savoir que grâce à de puissants diffuseurs, pour le passant, le Cheminotron n'est qu'un vélocipède qui fait vachement rigoler.

Pour simplifier, disons que le Cheminotron emprunte clandestinement les fossés qui bordent les routes de ce monde étrange et vaste et aux creux desquels il se meut grâce à un astucieux recyclage des immondices qui les jonchent.

En route

Voilà pour le récapitulatif. Depuis, Leyland et moi, nous fossoyons allègrement vers la bastide d'Aristilde. À raison de plusieurs mètres par jour, le périple n'est pas sans aventures et il m'est impossible de prévoir le jour de notre arrivée de même que j'ignore tout de ses attentes. Sa missive disait "Je vous attend !" alors du coup, il attendra certainement un peu.

Oh! Je ne t'ai pas raconté ? "Ben non" ! forcément ! Après avoir traversé le terrible massif de la Centralie hexagonale, j'ai cru ne plus vouloir vivre après ce qu j'y ai vu. Le Cheminotron, comme au matin du monde, s'est offert un voyage au cœur paradisiaque des ces monts célestes. C'est si beau que c'est à vous couper l'envie d'aller plus loin. J'ai donc failli y rester. Ce qui m'a un peu mis le doute, c'est que les peuplades de cette région certes magnifique mais tout de même inhospitalière, au moment de notre passage, ne manifestaient contre rien du tout et qu'aucun journal n'en parlait. Incroyable non ? Ma parole ! Les rues étaient désertes je vous dis ! Effondrés, Leyland et moi avons sifflé tout l'alcool que nous avions produit dans la journée.

Lorsque nous sommes enfin redevenu ivres, c'est dans un café de village que nous avons pu obtenir quelques explications. On nous a dit que si les gens ne manifestaient pas, c'est qu'ils ne savaient pas pourquoi. "Mais ne vous a-t-on rien promis ?" ais-je candidement demandé. "Si" m'a-t-on répondu "et puisque que rien n'a été fait, nous pensons qu'il n'y a donc rien à redire". Et pourtant, pendant des mois, nous en entendrons plus d'un opposer à nos compliments sur le pays qu'ils habitent les doléances les plus fascistes, pour ne pas dire diverses. Nous allions céder à la panique lorsqu'un soir, au milieu de ce nulle part hexagonal, à l'heure de planter le campement, un autochtone nous rassura: "Waïli, où t'y veux t'y campes ! Rer t'y vas au stade là-bas, pirsonne va t'emmirder. Oula!. C'y par là bas, t'y fis doux kiloumètres et apris à gauche!". On nous disait en danger de maures mais au final, le maure nous guida. Qu'il vive heureux.

Je suis un peu emmerdé car je devais vous en raconter davantages sur notre épopée mais le problème est que je viens de ramasser une gosse que j'ai évité de justesse pour ne pas saloper le Cheminotron et qui ne fait que chialer et me déconcentrer. Je ne sais pas trop comment faire avec ces sales mômes et je comprends tout à fait qu'on les abandonne mais celle-là est particulièrement spéciale à gérer. Tiens, la voilà encore qui réclame son Kloum, c'est-à-dire rien du tout. Je ne sais plus quoi faire, ces derniers jours je trouve tout mais rien, jamais. Leyland, tu veux pas lui donner un coup de sabot ? Leyland ? tu dors ? Oh!


7.5.06

Les gambadinages de Durell N. Moriarty

Je reviens bientôt (quelques semaines) et je ne serai pas seul. Tu auras été prévenu !
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