Trial Murder Only

25.7.05

Dû au désert

Désert du Wadi Rum, Jordanie (Durell N. Moriarty)Pour ne plus vivre de misère,
Nourrir ma chair à l'improviste,
Pourrir la terre et mourir triste,
Je vais me bâtir un désert


Qu'y a t-il dans un désert pour fasciner autant ? Moi le premier. J'aime les déserts de sable, les déserts de pierres comme j'aime les déserts de glaces ou les désert rocheux. Sous tous les climats, arides ou tropicaux, arctiques ou tempérés, les déserts fascinent, me fascinent.

Mais pourquoi donc ? Les déserts sont beaux certes, mais durs et invivables. L'étranger, non sans être accompagné, ne peut qu'en expérimenter l'orée. Il est impossible d'y survivre plus de quelques heures, voire quelques jours. Comment est-il possible d'y subsister entouré d'un néant même magnifique ?

Et pourtant, il en est qui le font. Mais à quel prix. Celui de l'abnégation dans l'obéissance aux lois de la nature. Ceux-là doivent s'astreindre sans réfléchir à des tâches qui n'ont d'autre but que de les aider à poursuivre leur vie telle qu'ils l'envisagent. Il n'y a pas de place en ces lieux pour l'abrutissement, la paresse et le laisser-aller.

On pourrait croire que c'est là une vie bien rigide, qu'elle ne doit permettre aucune fantaisie et qu'il est bien difficile d'y trouver des avantages. Mais toi, qui a peut-être connu les déserts des Amériques, d'Afrique, des pôles ou d'Asie, Tu as certainement dû faire la rencontre de ces êtres qui t'épaulaient dans la découverte, qui s'affairaient à mille tâches pendant que tu contemplais, béat, le paysage. À l'heure de manger, pendant que vous discutiez, n'as tu pas perçu leur rêves et leur humour qui n'ont rien à envier aux tiens ? Cette vie est-elle vraiment plus difficile que la tienne ?

Chacun dans son monde, nous sommes soumis aux lois de la nature. L'avantage des déserts est qu'ils nous placent naturellement et avant tout devant le "nécessaire", l'absolu. Faire de son monde un désert, c'est éliminer l'inutile. Tu garderas bien cet arbre solitaire, ce puit, ces lézards fabuleux ou ce rocher immense que sont tes meilleurs amis ou ta famille. Tu sauras faire un sable fin, un roc ou une glace compacte de milliards de souvenirs. Tu sauras y tracer et emprunter uniquement les routes qui t'amèneront là où tu le souhaiteras et laisser le reste du monde tracer les routes qui leurs conviendront. Tu sauras tout ça mais à quel prix ?

J'abandonne les voûtes fragiles et les faibles chambranles de mes piètres cathédrales pour me bâtir un désert sans ligne droite, sans artifice, que j'essaierai fièrement de faire connaître aux aventuriers.


Durell N. Moriarty n'est plus que l'ombre de lui-même (Durell N. Moriarty)

19.7.05

Darret Ezzah, M'chabak (Syrie)

M'chabak est le nom de la région où se trouve, non loin d'Alep en Syrie, le village de Darret Ezzah. C'est aussi le nom qui a été donné à une petite église, non loin du village, qui a très probablement été l'avant-dernière étape des pèlerins qui souhaitaient aller rendre un fidèle hommage à Saint-Siméon, le stylite de l'extrême, en son monastère érigé dans la région.

À mon arrivée sur les lieux, je fais un signe de la main au jeune garçon qui s'occupe des chèvres occupées à brouter autour d'une petite maison d'une seule pièce et je me dirige vers l'église à trente mètres de là. Il n'y a rien à dire, l'endroit est superbe et malgré le fait que les bondieuseries me gavent profondément, je respecte que la foi aide les gens, parfois, à créer de jolies choses en des lieux agréables. Admettons que j'ai déjà évoqué les désagréables frasques de la chrétienté au Proche-Orient pour en revenir à mon propos.

Seul sur le site, très agréable, je fais beaucoup de photos mais je suis très rapidement obnubilé par la minuscule maison des bergers qui ont une église dans leur jardin. À un moment, j'en ai marre des photos et je me dirige vers la maison où je retrouve un gars d'environ trente-cinq ans qui est aussi beau que Cat Stevens aux yeux des ses groupies dans les années soixante-dix.

Je sors mes formules de politesse, j'essaie de comprendre les siennes et quand il m'invite à prendre le thé, là je comprends tout de suite et j'acquiesce volontier en me fichant totalement de faire attendre mon taxi aussi longtemps qu'il le faudra.

C'est comme ça que "Cat" Tahar "Stevens" m'invite dans sa cambuse où je retrouve Abu Hassan, son père, étendu sur des paillasses. Les enfants viennent un par un. Je ne verrai pas la femme de Tahar qui était pourtant près de la maison à mon arrivée. Je fais des miracles avec mon faible arabe parlé pendant trois quarts d'heure pour les connaître mieux. Il y a donc cinq enfants, deux cent chèvres et là très vite, les questions s'adressent à moi: Tu es marié ? T'as des enfants ? Non ! Pourquoi ? …

Quand je dis que j'admire les gens de vivre heureux dans la simplicité. C'est un de ces moments.

Abu Hassan et Tahar, Darret Ezzah, M'chabak, Syrie (Durell N. Moriarty)

18.7.05

On the road again, again ...

Forgeron, souk du cuivre à Alep, Syrie (Durell N. Moriarty)
J'ai décidé de déménager. Mes dernier voyages, par lesquels j'avais cru pouvoir me ressourcer afin de me permettre de mieux supporter cette vie qui m'est depuis trop longtemps intolérable, ont plutôt contribué à m'excentrer encore davantage de la plaque tournante des vies communes.

Personnellement j'envie beaucoup la maturité de quelqu'un qui trouve son bonheur dans les plaisirs simples qui nous sont proposés à tous depuis la nuit des temps mais le fait est que ces plaisirs s'effacent devant moi. Quant je tente de les saisir, ils fondent, se liquéfient et finissent par s'évaporer dans une odeur pestilentielle.

Je disais il y a peu que je m'étais remis à l'écriture parce que cela ne pouvait que m'aider à trouver une clé pour sortir de cette geôle. J'avais raison. Je ne sais pas si je sortirai un jour de cette geôle mais j'ai tout de même trouvé une clé.

Je n'habite nulle part. Je suis chez moi partout. Le monde sera mon bled. Je m'en vais vivre de par le monde, ce que je fais déjà, en quelque sorte. Je veux dire que je vais larguer les amarres et ajouter plus de mouvance à mes errances.

La chose est complexe et l'année qui vient ne sera pas inutile pour placer mes pions sur cet échiquier grandeur nature que je me promet d'habiter pleinement. Je vais donc habiter partout et me déplacer tout le temps, pour un temps, Je prendrai l'année pour mâcher jusqu'à plus de saveur ces boulets qui sont parfois difficiles à larguer.

Il s'agit d'un projet qui me hante depuis toujours, le genre de projet que l'on ose pas réaliser. Pour en arriver à m'y décider, pour le révéler, tout ce que je fais dans la blogosphère et le choc des humanités auquel j'ai été confronté y a profondément contribué. Le ridicule de la situation qui est la mienne se confirme de jour en jour. Je ne sais plus dans quel contexte, leblase m'avais conseillé de lire "Ma vie dans la CIA" de Harry Mathews. J'ai lu avec beaucoup de plaisir les pérégrinations de cet American-Oulipiste que tous les proches et les moins proches ont cru à tord être un agent de la CIA en France. J'ai plus tard éclaté de rire lorsque mes adorables voisins que j'invite parfois à terminer des bouteilles de Bordeaux m'ont avoué le plus sérieusement du monde qu'ils me croyaient agent secret.

Je n'ai aucune envie de jouer les agents secrets mais ce petit aveu a fini par pulvériser ce simulacre de vie professionnelle qui me sert de couverture. Même mes voisins n'y croient pas. Je m'apprête donc à vivre pleinement cette vie d'observateur qui me convient. Sans entrer dans les détails de logistique, je prévois un minimum de moyens de manière à m'assurer la plus grande autonomie possible et malgré cela, je prépare la chose de manière à bénéficier, en matière de communication, des techniques de pointe et à ne pas me condamner aux classiques routes des babas cools un milliard de fois explorées.

Mais bon, c'est pas pour ce lundi, alors t'auras droit à la même soupe aux choux pour quelque temps encore.

11.7.05

Post Mortem

J'ai passé la journée avec Rachel. Rachel vient de perdre son père. Elle avait besoin d'un ami, d'une présence. Au delà de la très probable tristesse qu'elle éprouve, même pour ce père qu'elle n'aimait pas beaucoup, je crois qu'elle est désemparée devant le nombre de tâches dont il faut s'acquitter à la mort d'un proche.
Je sais, c'est faire court sur les émotions qui, même si elle ne les montre pas, l'habitent certainement. Le problème, c'est que je n'en sais rien. Que doit-on ressentir lorsque les gens meurent ? Mes proches meurent si peu que je n'ai pas beaucoup d'expérience en la matière. Pour les morts de mon entourage, j'ai souvent été étonné de ma propre froideur. Pour les morts des autres, je fais preuve avec leurs proches de compassion, je trouve les mots qu'il faut et je sais écouter mais à l'inverse, je supporte mal que l'on vienne m'emmerder avec les miens.
Ainsi, un jour, devant le cercueil de ma grand-mère décédée (Il faut que je demande à ma psy si ce quasi pléonasme est innocent ou pas) que pourtant j'aimais beaucoup, je me composais sans trop de conviction une attitude de circonstance. Je faisais tranquillement semblant d'avoir beaucoup de peine jusqu'à ce qu'une inconnue, copine de la veille d'un play-boy de la famille, s'effondre bruyamment et en en larmes au moment de la fermeture de la boîte. Je sais bien qu'elle n'en avait rien à faire de la grand-mère qu'elle n'avait jamais connue et que ça devait lui rappeler autre chose mais je lui aurais foutu des coups de pied au cul pour qu'elle aille chialer ailleurs. On ne pique pas ainsi les morts des gens. Ca ne se fait pas.
Rachel, qui voit toute la paperasserie et les tracas auxquels elle devra se soumettre, me dit qu'elle est aujourd'hui contrariée de constater que ce qui différencie souvent l'animal de l'humain est le fait que l'humain enterre ses morts. C'est mon père qui doit bien rigoler et Rachel qui ignore que son ami est à ranger parmi les bêtes. Je réconforte Rachel qui fait partie des gens que j'aime bien, à savoir les vivants, et je me dit que je n'en voudrai à personne de ne faire que peu de cas de ma carcasse une fois mort.

7.7.05

Postcard

Bombe aisée de Londres, café des Maures, le 7 juillet 2005,

Salut Dad

Coup de blues aujourd'hui. Je n'ai pas voulu suivre les autres et j'en ai profité pour venir jouer au backgammon avec les vieux. Je pensais à toi. Je t'embrasse.

D

P.S.: Tout le monde va bien mais comme tu le sais, faut pas s'y fier...

4.7.05

Bientôt la mort fine

C’est le drame ! J’ai les boules ! J’arrive de chez le médecin et ce connard n’a pas mis de gants pour me balancer les résultats à la gueule avec cet air con tant qu’il est content. Oh oui qu’il est content, mon gros médechien, hein ? Il est content, ouiiiiii…
Je commence l’énumération des tares et ça va pas être gai je vous préviens. Parce qu’il est con mon médecin mais ce salopard est compétent. En fait, c’est UNE médecin, mais j’ai eu peur que mes propos sur cette vieille salope revêche et contrôlante me fasse passer pour misogyne auprès de vous, mes centaines de lectrices brillantes, ouvertes, adorables, superbes et franchement sexy que vous êtes.
Petite parenthèse pour vous dire que mon psy m'a fait remarquer que chaque fois que je parle des femmes qui m'entourent, Raymonde, la vieille connasse de "propriétruie" d'en haut, la vieille chiennasse de Raznanath II de Zande et là cette vieille salope de médecin par exemple, j'en viens toujours à mettre l'accent sur leur âge vénérable et à leur attribuer des qualificatifs pour le moins disgracieux.
Je lui ai évidemment dit qu'elle se trompait et que j'avais bien perçu sa petite provocation qui m'appelait à lui prouver que je savais AUSSI aimer les femmes. Dès qu'elle a eu fini de refaire son chignon, elle m'a fait signe de l'aider à remettre sa guêpière Aubade et en elle a profité pour me demander si j'avais un problème avec ma mère. Elle est mignonne non?
Bon la bonne nouvelle maintenant. Enfin ça dépend pour qui parce que je sais pas vous mais moi, selon le vétérinaire – Ben oui j'ai continué à faire affaire avec la vieille salope parce que c'est juste à côté de chez moi et qu'avec beaucoup de compétence, elle avait euthanasié sans douleur ma vieille tante qui faisait des crises de neurasthénie passagère. – "ça ne va pas du tout." qu'elle me dit. "Vous allez en chier" qu'elle rajoute.
L'air heureuse, elle me dit, "il était juste normal que vous finissiez par payer le prix de vos excès petit irresponsable." Putain la conne ! Même sa propre mère lui foutrait des coups pied au cul si elle voyait ce qu'elle avait engendré. Malheureusement j'ai tué sa vieille en faisant semblant de ne pas la voir quand j'ai fait signe au camion de poubelles qu'il pouvait reculer d'un coup. Une vie de merde elle eu, une vidange je lui ai offert….
Mais bon, OH ! Si on parlait de moi un peu ici. C'est quand même moi le condamné merde ! "C'est moi que je souffre et que je meure à la fin!!!" Oui, parfaitement, je vais mourir. Ca vous en bouche un coin hein ? Vous voulez savoir quand ? Je ne peux même pas vous le dire. Imaginez-vous que cette salope de véto veut que je solde tout ce que je lui dois sinon elle ne me dira rien. Les gens sont parfois si cruels.
Pour me motiver à abouler le fric, elle a bien voulu m'avouer que j'allais mourir par là où j'ai "pécho". J'allais mettre ça dans le lot des bonnes nouvelles et je rêvais déjà d'une mort douce, abandonné dans les bras d'une femme haletante et sous les caresses de ses copines mais quand elle est sortie de la salle d'opération où se réveillait de son anesthésie quotidienne, en léchant ses plaies, la chatte enceinte de mon voisin qui la lui avait laissée en pension, ses éclats de rire on finit par me foutre un doute. Qu'est-ce qu'elle essaie encore de me dire ?
Bon je vais mourir et ça a un rapport avec les femmes. Qu'est-ce qu'elle m'a dit d'autre encore ? Merde ! Je sais plus mais j'ai des résultats d'examen que mon psy m'a aidé à déchiffrer l'autre nuit après qu'elle m'ait reçu à l'arrière de sa camionnette dans le bois de Vincennes. C'est vraiment dommage que les psys ne soient pas remboursées par la sécu parce que, autant elle que sa collègue vers qui elle m'envoie parfois lorsqu'elle ne peut me recevoir, elles savent te remonter le moral d'un homme qui doute et cela même si inévitablement, le doute retombe.
Elle m'a donc fait un petit résumé des résultats et comme je n'ai pas mes lunettes, je vous le laisse à lire:
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Résultats préliminaires des analyses vétérinaires de Durell N. Moriarty.
Mon lapin, les résultats de tes analyses disent que si tu continues comme tu le fais avec les femmes, tu vas mourir à coup sur. Soit l'une d'elle te tue à force de te voir la tenir à distance, soit les autres t'épuisent et vu ton grand âge, ça ne devrait pas être trop difficile. Je ne dis pas ça parce que je suis bien placée pour le savoir mais parce que tes tests de résistance le montrent bien. Allez bisous mon cœur et à demain. Ne t'en fais pas, je te ménagerai un peu ;-)
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C'est donc inquiet et égaré que vous me lisez, mortifié devant la faible perspective qui m'est offerte. Parce que je ne laisserai personne derrière moi, en tous cas on ne m'a rien dit à moi, j'hésite entre feindre l'ignorance et profiter à fond de ces quelques décennies qu'il me reste à vivre - On ne meurt qu'une fois mais dans l'attente, on peut faire l'amour à trois, voire plus parfois ? – ou me caser avec une compagne aimante et douce en qui je puiserai l'énergie nécessaire à la seule possibilité de prolongement de mon existence qui me soit laissée.
P.S.: Toute ressemblance des propos lus précédemment avec une forme quelconque de misogynie, de discrimination gériatrique ou de cruauté animale n'est que pure coïncidence. Les profits de ce billet ont d'ailleurs entièrement été reversés à des associations caritatives des pays de l'est qui travaillent à réinsérer de jeunes filles répudiées dans la société en les faisant travailler dans une usine de nourriture pour animaux faite à 100% de farines de vieux recyclés ou en les installant à la porte Maillot ou dans une camionnette au bois de Vincennes.
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