Trial Murder Only

1.1.07

Tu ne croyais tout de même pas que t'allais y échapper ?

Ne sachant trop comment m'occuper d'ici à ce que je retrouve le moyen de faire bouger ce cheminotron qui accule plus qu'il ne revance en ce moment, j'avais fait venir une troupe de danseuses brésiliennes pour m'inculquer quelques rudiments de samba. J'ai malheureusement dû les faire partir aujourd'hui même après que j'eusse surpris l'un d'elles, Jorge, surprenant de manière honorable ou honorant de manière surprenante, c'est selon, mon pauvre Leyland encore en pleine cuve de sommeil.

Il me sera donc impossible de terminer d'apprendre cette magnifique chorégraphie qui devait constituer une imparable parade nuptiale dédiée à cette déesse qui me hante. Du coup, je redeviens un Hell's Ermite enfourchant son stylo et je roule à bille dans ce carnet désert (entendre "Writers On The Storm" en fond sonore).

Il y a deux ans, à la même époque que l'année dernière à cette époque ci, je suis presque certain que j'ai dû t'emmerder et m'astreindre à un genre de bilan vaguement inspiré par une date fatidique dans le déroulement normal du calendrier grégorien, le jour de ma naissance.

Ne compte pas sur moi pour recommencer cette année. D'abord parce que ça n'intéresse personne cette vie hallucinante qu'est la mienne et ensuite parce que ce serait faire trop d'ombre au bilan annuel que je m'apprête à te faire et qui est vaguement inspiré par une date fatidique dans le déroulement normal du calendrier grégorien, le jour de ma naissance.

Avant tout, pendant que tu te délectes de chacun de mes mots en suçant une olive truffée d'une amande salée, je tiens à te dire à toi, fidèle et sublime lectrice allongée nue derrière ce moucharabieh en dentelle de soie, que je suis éternellement jeune et apte. En effet, les décennies n'ont aucune prise sur moi et je le prouve chaque jour car en tant que quarantenaire assermenté par les plus hautes instances gériatriques, j'ai réussi l'épreuve ultime qui consiste à semer des cheveux pour les faire pousser ailleurs que sur mon cuir sans jamais perdre une seule des rides accumulées au fil des ans. Il te faut donc persister dans ces rêves ou toi et tes copines alanguies me harcelez pour que je vous cuisine un curry.

Par où commence-je donc ? Ah oué! Ma mère m'écrivait à la veille de notre nouelle à nous les crétins, pour me le souhaiter joyeux et me raconter le sien qu'elle allait passer avec les siens justement ce qui incrimine un tas de gens bien sauf moi. Heureusement que je n'en ai rien à foutre ! De nouelle évidemment ! Pas de ma mère qui est une sainte femme pour des raisons évidentes.

Qu'est-ce que je faisais moi ? Une fois de plus, pour ne pas dire non, j'ai passé quelques heures à festoyer en buvant de l'eau avec ces mêmes amis que, comme d'hab, je ne connaissais pas l'année précédente et qui, comme d'hab, ne seront pas ceux de la suivante.

Je réfléchis souvent à la nature et à la fragilité des liens qui m'unissent à très peu de gens finalement. Parfois, j'ai l'impression d'un véritable gaspi tant mes unions se délitent inexorablement sous l'emprise du temps, de la distance et de la différence. Parfois je suis plutôt ravi d'observer en cette déliquescence relationnelle un passage à des états subtils de la matière amoureuse, amicale ou familiale.

Bienvenue chez moi. Fermez la porte en sortant
La première impression refait toujours surface lorsque je m'entraîne au surplace prolongé. Dans ces moments-là, il m'arrive de vouloir me convaincre que la complète vacuité de mon existence est due à de très mauvais choix de vie et au fait que je n'aurai jamais su maintenir quelques personnes autour de moi comme il est d'usage de le faire dans le cours d'une vie normée. Ne parlons même pas de mon manque de talent avéré dans la fabrication de clônes terrestres. Enfin, les fabriquer, je sais comment mais eux n'ont pas envie de naître quand ils s'aperçoivent que c'est mon éprouvette qu'on astique.

La seconde impression reste celle qui s'impose le plus à moi car bien que j'aie merdé dans quasiment toutes les entreprises de ma vie, il n'est pas vraiment utile de regretter quoi que ce soit. Il vaut toujours mieux savoir dénicher, découvrir et vivre les avantages de ses choix que d'en pleurer leurs conséquences. De plus, quand on a tout raté, cela implique forcément qu'on a réussi l'essentiel, à savoir tout le reste.

En ce qui concerne toutes ces petites entreprises pour lesquelles il est habituel de s'enthousiasmer, je dois avouer qu'elles me semblent de plus en plus vaines. Je pense à Bashung et je constate que la seule qui dure et ne connait pas la crise a son siège social dans ma plus grosse veine, cette tour cyclopéenne dominant la zone d'activité érogène de ma périphérie humaine, ce bastion contre la déveine, ce castel de mes reines, dondon dondaine, tonton tontaine, quoi je suis prétentieux ? Mais non, ce n'est qu'un délire de la quarantaine, une prière gaulienne, Amen !

Bref, j'arrive à quarante et un ans et je dois avouer, pour rester dans le ton et résumer le paragraphe précédent, que je m'en bats les couilles de n'avoir rien réussi de ce que j'avais entrepris pour m'inclure dans cette société. En revanche, je serais bien emmerdé si je devais échouer dans mes tentatives de m'en exclure. Je ne parle pas d'exclusion post-pubère qui me pousserait à clore ce carnet, ouvrir un Skyblog et dire au monde comment il est tout pourri sauf "mé zami ki st tro supr". Je parle juste de ne plus habiter ce monde avec les méthodes qui nous sont proposées sinon imposées.

Quelqu'un a les clés de la vie en société? Je voudrais sortir un peu
Ce n'est pas vraiment facile tu t'en doutes bien. Pas facile parce que les efforts que je fais sont souvent vains ou n'apportent pas le résultat escompté. Pas facile non plus de s'extirper de son carcan et de mettre en place des idées originales. Pas facile enfin, lorsque c'est nécessaire, de fédérer son monde à soi et autour de soi.

Je ne sais pas où je vais, Je ne sais donc pas où j'arriverai et s'il importe même que j'arrive à quoi que ce soit. Pour l'instant, ma route est habitée par des gens biens. Des gens que je ne reverrai peut-être jamais. Des gens qui ont sans doute une importance que je ne soupçonne pas. Des qui m'aiment. D'autre pas. Des qui passent sans s'arrêter. Des qui s'arrêtent plus de passer. Ceux dont on voudrait bien se passer. Bref la vie quoi. Comme tu le sais, l'important est ailleurs et on s'en fout puisqu'il n'y a pas de sots métiers.

Non, la seule chose qui me désole parfois est la stérilité. L'effort dont rien ne subsiste. Voilà peut-être une des seules choses qui me reste encore à perdre, la vanité de persister.


P.S. : Tu imagines bien que l'intarissable sujet que je représente n'est pas clos. C'est pourquoi je dois te parler de quelqu'un qui ne répond jamais aux questions très personnelles que je lui pose sous prétexte qu'elle ne saurait pas par où commencer, qu'elle n'aurait rien à dire et que je ne parle pas l'hébreu. Moi je ne parle pas l'hébreu! Auf dem Kopf meiner Mutter spreche ich hebräisch.

Ne cherche pas tu ne pourrais même pas la reconnaître si je te la montrais en photo car elle a récemment changé d'identité et opéré un défrisage qui l'anonymise à jamais. Seul le Mossad a son numéro de portable et c'est même pas elle qui répond.

Devant cette mauvaise foi caractérisée, j'ai donc châtié l'énergumène en la menaçant de parler d'elle ici même, châtiment que j'exécute donc en espérant que tu t'abstiendras de filmer avec ton portable et que tu n'iras pas relayer des images qui pourraient choquer la planète entière. Sans déconner, des vierges lisent ce blog.

J'ai beaucoup pensé à, nous l'appellerons Jijizeddóttir afin de la préserver. J'ai beaucoup pensé donc à Jijizeddóttir en écrivant ce billet, c'est-à-dire depuis quelques semaines. Pourquoi ? Parce que je l'aime d'abord. Bon je sais, dis comme ça, ça paraît louche mais bon si je devais t'expliquer, je ne saurais pas par où commencer et de toute façon, tu ne parles pas hébreu. Donc je l'aime et c'est moi que ça regarde du pourquoi et du comment que je l'aime. J'ai donc pensé à elle pour toutes ses qualités que tu n'imaginerais jamais trouver en une seule âme mais aussi parce que ce temps des fêtes qui ne veut vraiment plus rien dire pour moi, si j'avais pu le passer avec la personne de mon choix, ça aurait été avec elle (et avec sa permission bien sûr). Je suis certain que si j'avais pu faire ça, je t'aurais pondu un billet bien plus marrant.

Donc je l'embrasse très fort cette alien et j'arrête là mes rimes en ène.

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