Trial Murder Only

8.12.05

Un clochard c'est leste

Ça y'est. Je ne travaille plus. Dans l'immédiat, je projette de passer les deux prochains jours à célébrer la chose et le troisième à cuver. À plus long terme, genre dimanche, je vais me magner le cul pour quitter cette appartement avant le vingt décembre histoire de passer les fêtes sur les routes en compagnie de ma nouvelle liberté.

C'est étrange les choses qui me sont passées par la tête cette semaine. Dernièrement, j'ai pris les décisions les plus irrationnelles qui soient mais je me sens calme. Je cherchais hier un terme pour mieux expliquer aujourd'hui ce que je ressens et, bien que le terme soit beaucoup trop fort pour être exact, je n'ai rien trouvé de mieux que de comparer ce moment précis ou je publie ces ligne à une renaissance.

Tiens, je fais un petit aparté pour partager un truc qui m'a quand même touché cette semaine. J'ai dû en parler déjà, j'ai la flemme d'aller vérifier, mais l'horodatage de ma venue au monde est un mystère que j'ai dû résoudre moi-même. Pour rappel, j'ai découvert dans la vingtaine que je suis né un dix-huit et non pas un dix-sept comme le prétendait mon père, en janvier et non en février comme le prétendait ma grand-mère paternelle et en mille neuf cent soixante-six et non pas en mille neuf cent soixante-cinq comme l'avait un jour prétendu ma mère dans des courriers me concernant. J'ai pu découvrir tout cela car j'avais alors retrouvé l'hôpital, dont personne n'avait été en mesure de me fournir le nom, où je suis né et où le service des archives a confirmé ce que je viens d'écrire. Oh! Et c'était à cinq heures vingt-six du matin.

Bon, les années soixante, c'était une époque où la drogue était bonne et, pardonnant à tous ces défauts de mémoire dont je suis moi-même très coutumier, je persiste naïvement à croire que je n'ai pas été adopté et que je suis bien le fils de ma mère et de mon père. Bon les ressemblances m'y aident aussi. Toujours est-il qu'approchant de la (mise en) quarantaine, je n'ai, de ma vie, jamais vu ma gueule de chiard sur des photos. La seule photo de moi enfant que je possède en est une ou je porte un sombrero, les mains dans les poches, l'air timide. Je devais avoir cinq ans. Moi en version bébé, je n'ai jamais vu ça.

Comme le hasard fait bien les choses, c'est précisément cette semaine que ma mère, qui perdit naguère ses photos dans une inondation, a pu m'envoyer des versions numérisées de photos qu'elle même n'avait plus. La crevette c'est moi, le beau gosse, c'est mon frère et ma mère c'est ma mère.

C'est presque en même temps que moi que vous découvrez ces photos. Ceux qui ont l'œil critique auront déjà vu que sur certaines de ces photos où la date de développement est indiquée, j'avais plus ou moins la même gueule sur des photos développées en février 1966, en août 1966 et en février 1964 (?!?!). Quelqu'un peut-il me dire si et quand je suis né ?

Grâce à une profonde analyse des photos, je peux émettre le postulat que ma mère, si elle ne fume plus que des substances légales, s'est un peu gourée. Il me semble normal que né à la mi janvier, j'eusse encore les yeux fermés sur les photos de 1966. Mais le poupon aux yeux bien ouverts en 1964 ne peut être que mon frangin et il m'apparaît donc raisonnablement plausible que je ne sois pas sur la photo.

Un sentiment de renaissance, des photos de bébés, c'est pas adorable tout ça ? Fin de l'aparté.

Bon qu'est-ce que je fait maintenant ? Et ce blougue d'abord ? Qu'est-ce qu'il devient ? "Ben" rien ? Je veux dire qu'il continue comme ça. Comme je n'aurai plus d'ordinateur, je ne serai peut-être pas en mesure d'écrire ici aussi souvent (ça promet), ni même de répondre aux commentaires que tu as la gentillesse de me laisser parfois mais, je le garde.

Dès demain je serai sur les routes. En quelque sorte, je mènerai la vie inverse de ces héros qui m'ont bercé. C'est à dire qu'après avoir vécu les grandes heures et les décadences d'une vie qui m'a mené dans un cul de sac, je m'apprête à nouveau à vivre la plénitude de la route. Si ça se trouve, je périrai peut-être en nouveau né. Va savoir.
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