Trial Murder Only

11.10.05

Presque!

Le travail est très directement proportionnel à la motivation qu'il nous inspire. C'est là une chose qui me semble évidente depuis toujours et que même les entraîneurs sportifs n'ignorent pas malgré le fait que dans certains sports leurs poulains soient surpayés.

Quelle est donc la différence entre moi et…tiens, Lance Armstrong par exemple. Non, ce n'est pas le fait que je lui aurais fait bouffer son maillot jaune en grimpant le Ventoux si je ne m'étais pas tant bourré la gueule la veille. Ce n'est pas non plus dû au fait que ce salopard dort tout les soirs avec Sheryl Crow alors que moi aussi je sais jouer de la guitare (Hum! Je veux dire que Sheryl larguerait vite son Lance à m'entendre chanter mes polkas). Non, la différence réside en ceci que Lance, même si il gagne des millions pour pédaler, est littéralement chouchouté par tous ceux qui le dirigent afin qu'il puisse donner le meilleur de lui-même.

Pendant ce temps, toi comme moi, sauf peut-être lui, l'autre là, sommes obligé de subir toutes sortes de petites humiliations parce que nos entraîneurs à nous croient nous faire une fleur en nous ordonnant de grimper ces foutus cols à la con. Ce petit préambule n'a servi qu'à vous dire que finalement, mes geôliers ont décidé de me faire chier jusqu'à la fin, et pas de la manière la plus digne qui soit. Un employeur ignore ce que "motiver ses troupes" veut dire et c'est là une responsabilité de laquelle il se défait trop facilement.

Il se trouve que lorsqu'on démissionne, c'est là une décision grave, toute empreinte d'une liberté qui n'a pour unique effet que de nous priver de moyens élémentaires pour aller de l'avant. Je savais en démissionnant que je me privais des assedics. En fait, non seulement je le savais mais j'étais persuadé que même si on me virait je n'y avais pas droit en raison d'un contrat fort mal négocié. Il se trouve que si j'avais été viré, j'avais finalement droit à sept mois sur les assedics. Pas grave. J'ai donc démissionné en me disant que j'avais un préavis à effectuer jusqu'à la fin décembre. Avant de prendre la décision de démissionner, j'avais fait des propositions pour me faire remplacer chez le client et terminer mon contrat en effectuant des tâches en interne (Je bosse pour une boucherie qui fait dans le bovin ingénieur). À cette proposition, on m'avait répondu "Ce serait bien mais là vraiment, on n'a rien à te faire faire". Deux semaines plus tard, j'envoyais ma lettre de démission. Je me suis organisé pour me faire remplacer chez le consommateur et je me disais que mon préavis allait être pépère.

Quelle erreur! Le premier jour de préavis, j'ai eu droit à la totale. Mauvaise foi, menace de ne pas me payer si je n'étais pas au bureau en temps et en heure, et surtout, ils avaient soudainement trouvé plein de choses à me faire faire. Il y a eu quelques engueulades et deux jours plus tard, je leur ai expliqué que j'étais tout à fait prêt à faire des tâches utiles pendant mon préavis mais que je souhaitais qu'ils me laissent gérer mon emploi du temps et ma présence au bureau. Il faut savoir que je peux réaliser la totalité de ce qui m'est soudainement demandé (rédaction de documents) sans même sortir de chez moi. Mais ça, ça les fait flipper grave leur race de charolaise.

J'ai donc poursuivi la semaine dernière en allant au bureau cinq ou six heures par jour, avec deux heures de draisienne pour m'y rendre et en revenir. Pour le reste, je peux être chez moi comme au bureau avec la connexion à l'intranet, le téléphone gratuit et tout et tout. Aujourd'hui, ça n'a pas raté. Un parchemail datant de vendredi dernier ou je me suis barré un peu tôt pour aller pédaler en Normandie et découvrir le Canada, un message sur mon portable ce matin à l'heure où je traversais le bois de Boulogne pour faire ma compta avec les filles avant d'aller au taf et un "Hé, il faut que je te vois" en guise de réponse à mon "Bonjour" en pénétrant dans le baobab ont tôt fait de me convaincre que les discussions de la semaine dernière n'avaient servi à rien.

Ils ont donc décidé de me faire chier sur les horaires en me demandant, je cite, d'être présent pendant mon préavis au minimum pour les heures contractuelles (trente-sept heures et demi). J'ai peut-être l'esprit mal tourné mais j'ai failli comprendre que si je pouvais en faire plus ce serait sympa. Nouvelle discussion ce matin avec Monène Pluçun qui s'était fait savonner à mon sujet par mon nain Plussedeux. J'ai dû mettre un terme à la conversation car sans déconner, j'allais chialer. Plus de cinq ans à en chier chez les clients, c'est ma boîte qui assène le coup final. Je suis profondément, encore plus qu'il y a deux semaines, dégoûté de ce monde de lentes (reprises).

Pendant les mois qui ont précédé l'envoi de ma démission, j'ai eu le droit, en guise de conseil par des potes, à toutes les astuces pour les faire chier un max et me tirer avec un max de fric sans rien foutre. J'ai bien entendu ces conseils mais j'ai finalement opté pour une manière que je croyais digne. J'ai envoyé ma démission en proposant une rencontre pour discuter de la manière dont j'allais effectuer mon préavis.

Quelle erreur (bis)! Au final, c'est moi qui l'ai dans l'os. J'ai fini par faire un parchemail ce soir en expliquant que si les horaires comptaient tant pour eux, j'allais donc m'y plier. J'ai tout de même expliqué que je trouvais cela dommage car en m'imposant cela, ils minaient gravement ma motivation ainsi que la joie et l'allégresse dans laquelle j'allais m'acquitter de cet ultime labeur. Ce stratagème de leur part ne me fera pas travailler davantage que s'ils m'avaient accordé une plus grande liberté de mouvement. En prime, ils auront droit à un magnifique tirage de tronche de ma part. Je ne vais tout de même pas sourire en plus. Parce que je suis démissionnaire, je n'ai même pas droit aux deux heures quotidiennes de recherche d'emploi que l'on accorde qu'aux licenciés.

Bien incompétent devant la législation laborieuse, j'essais de me faire expliquer les choses par les amis. Au vu de mes quelques recherches, il semble bien que c'est moi qu'on baise alors que personne ne m'embrasse. J'en déduis donc que j'ai bossé pour une pute, et grande professionnelle de surcroît.

Que dire de tout ceci. La liberté se paye cher. La convention Syntec 1486 que d'autres, je l'espère, liront mieux que moi avant de la signer est une réelle entrave à l'esprit d'initiative. Les employeurs savent être minables quant il le faut. Aujourd'hui, j'ai baissé ma garde, j'ai plié une dernière fois et si l'estocade que je leur ai servie sur parchemail leur paraîtra insignifiante et ne m'apportera aucun avantage financier, elle me donne tout de même un sentiment de dignité.

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