Trial Murder Only

30.9.05

Cabinet d'amateur

C'est la dernière nuit avant le dernier jour de boulot. C'est fou ce que ça me fait plaisir. Demain, j'irai travailler quelques heures histoire de marquer le coup, de détruire le contenu entier de ma boîte à parchemails, de mettre à la poubelle jusqu'à la dernière de mes contributions numérisées, d'aller déjeuner une dernière fois chez Balto dans le Sentier, de prendre un pot avec quelques collègues, de remettre mon badge et mes clés avant d'aller renaître ailleurs.

La journée a fort bien commencé d'ailleurs. Dans le trajet d'une douzaine de kilomètres que je fais à vélo jusqu'à mon centre d'incarcération sociale, j'ai trouvé plaisant, pour une fois de faire tous les arrêts réglementaires que sont les feux rouges et les passages cloutés. Cela a eu l'avantage de retarder mon arrivée en enfer certes mais il y a eu des plaisirs collatéraux que je n'aurais jamais soupçonné auparavant.

La première de ces surprises survint à mon premier arrêt, le trop bien nommé Carrefour de l'Insurrection, véritable plaque tournante des octogénaires d'une petite ville de la droite bourgeoise qui se transforme en gériapole les jours de marché. À la jonction de ces vieilles artères transitent des troupeaux de vieux qui courent du marché à la pharmacie puis de la pharmacie à l'Intermarché à moins que ce ne soit l'inverse. Ils sont extraordinaires. Marchant péniblement, le corps courbé par le sac de radis et les médocs, ils trouvent néanmoins le temps de se reconnaître, de s'arrêter, de se parler, bref, de vivre et communiquer. Impossible de percevoir le contenu de leurs échanges mais le seul plaisir de les regarder se composer des attitudes de politesse et d'empathie me réjouit. Parallèlement à cela, moi qui suis prêt à laisser passer le feu vert pour le plaisir du spectacle, je m'étonne de voir quelques ancêtres quasi rampants se soumettre au stress de la traversée du passage clouté alors que le petit bonhomme rouge en freine de plus jeunes, visiblement moins pressés d'affronter leurs destins. Ces vieux savent un truc que j'ignore c'est certain mais ce n'est pas aujourd'hui que je serai initié, le feu passe au vert.

Vingt minutes plus tard, il doit être environ onze heure et quart, j'arrive au bureau. Dans la cage que je partage avec trois autres lemmings, il y a mon chef que je salue le premier et qui a la classe ne pas relever mes deux heures de retard. Je fais la tournée des paluches et je me retrouve à nouveau devant mon chef qui, ayant déjà oublié nos très récentes salutations, me tend la sienne à nouveau. Je me défais de mes gants, de mon sac, j'installe ma clé USB, je démarre ma session et je commence bosser. Trial Murder Only, Yaël, Leblase, Marina, Kouignaman, Archignac, Garg, Les Hémisphères, Gmail et bien d'autres … La journée sera longue.

Une heure plus tard, je pars déjeuner car tout effort mérite récompense. Je reviens vers les trois heures. Mais bon sang, y'a que chez Leblase que ça bouge! Bon allez, ça fait trois fois qu'il appelle celui-là, je vais m'en occuper. Bon! C'était simple finalement, je n'ai eu qu'à le diriger vers un autre service. Je vais avoir le temps de m'intéresser à cette histoire de Fraisinette et de montée de lait chez Daniel Rondeau dont Kayenne et Marie-Chantal nous faisait part plus tôt ce matin. Bon! Que dalle là aussi, Fraisinette a déjà effacé tous ses messages sulfureux (je peux avoir une copie privé via parchemail Marie-ch… euh Fraisinette?)

Sinon, j'ai relu pour la ennième fois, l'excellent billet intitulé Vivre à côté des hommes chez Marina d'Huard. Comme quoi quelqu'un d'exceptionnel ne peut que faire des rencontres d'exception. Tiens! Avec très certainement un énorme retard sur la blogosphère, j'ai aussi fait, grâce à ce damné Coust qui s'évertue à rester muet, la découverte des cahiers d'Anne Archet qui, pour ce que j'en ai lu, m'ont beaucoup envoutés.

Bon c'est pas tout ça, dix-huit heure quinze, il faut que je me casse. C'est là où mon "N plus deux" se pointe pour me faire ses adieux. J'adore ce mec. Vraiment. Il a une classe folle et il est d'un calme et d'une élégance exemplaire. Sachant qu'il n'allait pas être là le lendemain, Il pense venir me féliciter de mes projets et espère que j'en tirerai le meilleur possible. Je lui fait part de mon plaisir à l'avoir côtoyé et m'excuse, avec une mauvaise foi certaine , de n'avoir pas été le candidat que je croyais être à mon arrivée chez lui.

Sur ce, je m'en vais aller dormir. J'ai quelque rêves à étayer.


La vie (Photo: Durell N. Moriarty)

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