Trial Murder Only

26.5.05

Beyrouth, 26 mai 2005, 2:40

Djounie, 24 mai, 8:00

Je suis assis a la terrasse du restaurant attenant au telepherique de Djounie. J'ai la baie en vue panoramique. Il me semble dommage q'elle soit affublee de cette ville grouillante mais denuee d'interet me semble-t-il.

Hier, je suis alle a Tripoli (Trablos) ou je n'ai visite que deux sites, un hamam tres ancien contrairement a ce que son nom indique (Hammam Al Jedid), et une citadelle magnifique qui domine la vieille ville. Mon veritable objectif etait "El Arz" (Les Cedres), petite foret de cedres millenaires habitues a cotoyer la Jet Set de tous les temps. Je ne m'etais pas renseigne sur la region que j'allais traverser en allant de Trablos a Bcharri situe a quelques kilometres aux pieds de "El Arz" et c'est la que reside ma bonne surprise du jour, enfin, d'hier. Il s'agit de la vallee de la Qadisha.

Pour ceux qui n'ont pas une image precise de Liban, Imaginez une mere dont vous ne pouvez qu'entrevoir le torse des epaules au nombril. Le torse est orne d'une demi-douzaines de paires de seins genereux et degoulinants de lait qui innondent un ventre fertile et dont le surplus s'echappe a l'est et a l'ouest par des vallees mammaires.

La vallee de la Qadisha nait de ces gorges vertigineuses entre les plus haut sommets du Mont Liban au nord-ouest. Des villages, partout, sont accroches comme des nids d'aigles aux pentes abruptes de ces montagnes jeunes et vigoureuses. De la route, il est le plus souvent impossible de voir le fond de la vallee tant elle prend des airs d'abimes.

Je n'en dirai pas trop sur la foret de cedres de El Arz car elle est deja celebre et, par plus inspires que moi, maintes fois celebrees. Elle est belle et emouvante en effet. Quelqu'un a t-il deja ecrit sur le chant des oiseaux dans cette petite foret ? Parce que pendant de longues minutes, ils ont litteralement vole la vedette aux cedres tellement leurs chants etaient agreables. Il faut que ces oiseaux vivent dans une forme d'extase perpetuelle pour offrir de si beaux chants.

Beyrouth, 24 mai, 21:00

De retour au bar de l'hotel. Je suis oblige de faire machine arriere et de modifier quelque peu mes propos au sujet de cet hotel. Le nepalais aussi kitch que sympathique (meme si il avait un gout de chiotte en musique) qui tenait le bar dimanche dernier, le faisait en remplacement de Bachir, le barman en titre du Mayflower.

Le Mayflower est donc un hotel qui, comme bien d'autres, recoit des gens de partout avec ceci de particulier que son barman n'y diffuse que de l'excellent rock. Finalement, j'y suis reste. C'est donc sur Pink Floyd qui a succede a Led Zeppelin, que je reprend le stylo.

J'ai voulu faire de ce voyage, un voyage de mouvements et de rencontres. Sur les lieux que je visite, ce ne sont donc pas les attractions qui alimenteront le plus mon propos. Je ne me borne qu'a progammer des visites pour des sites qu'il serait vraiment stupide de rater. Le guide a la con que j'ai repertorie un bon nombre d'eglises ou de chapelles et autres bon-dieuseries du clerge occidental. Il m'est facile pour le coup de les eviter. De meme, les sites a haute teneur en histoire et en archeologie attendrons pour la plupart que je sois mieux acccompagne et/ou mieux forme.

Justement, aujourd'hui, j'ai cru que j'allais faire d'une pierre deux coups en essayant de me faire former et me faire accompagner par une meme personne. En marchant sur la route qui mene aux grottes de Jeita, une vieille volkswagon Beettle de 1975, toute aussi orange et mignonne que pourrie s'est arretee cinq cent metres plus haut et plus je m'approchais, plus je voyais des sacs, des bouquins ou autre composante d'un foutoir evident passer du siege avant vers le siege arriere. J'ai fini par comprendre que son conducteur m'attendait pour me faire faire un bout de chemin.

Le conducteur s'appelait Dina et avait ce petit quelque chose qu'ont souvent les rates de bibliotheque trop futees pour ne s'en tenir qu'aux bouquins et qui a le don de me titiller l'homminitude. Dina est professeur a l'Universite Notre-Dame pres de Djounie.

"What is it that you teach exactly ?" demandai-je. " Well ... I teach Humanities ...What time is it, do you know ?" Bien sur Dina. Je n'ai pas ma montre car contrairement a toi, je ne met pas de majuscule au pronom personnel de la premiere personne du singulier mais j'ai mon portable et il m'indique, heure locale, treize heure pile. Bon, je vous epargne les details pour vous dire que Dina, faisant preuve d'une initiative fort bienvenue, decide de depasser le parking de son universite afin de m'amener a bon port.

Enroute: "Tu fais quoi ?" (Dina, elle, me dit tout), "... et toi Durell, tu fais quoi ?" Je detourne, je renvoie les questions, je plonge dans ses yeux, - le plongeon en yeux troubles est une discipline qui me plait beaucoup - et je refais surface.

"Oh ! It's so funny (je vais traduire en simultane afin de ne pas alourdir le texte) que tu me parles de ca car aujourd'hui, J'allais justement entrenir mes etudiants de la difference de perception de ce qu'etait la saintete pour les diverses civilisations du proche et du moyen orient et cela au regard de testes religieux et paiens." Vous vous demandez ce que j'ai bien pu lui raconter pour qu'elle me pretende declencheur d'un truc pareil hein ? He He! Toujours est-il que je croyais bien avoir trouve la le partenaire ideal pour combler le fosse culturel mais, vous l'aviez deja oublie, elle avait cours ...

A defaut d'une initiation culturelle en bonne et due forme, je me suis tourne vers ce que je connais le mieux et ce que je fais le mieux a savoir la nature et la contemplation. C'est bouche bee, au bord des larmes que je retenais a coups de "Oh Putain!!!" que j'ai visite les grottes de Jeita. Il est inutile de construire des cathedrales a la gloire de Dieu. Il s'en charge tres bien tout seul.

Beyrouth, 25 mai, 12:45

D'une maniere generale, je peux faire deux categories dans le type de mes rencontres. Il y a celles ou la communication orale peut etre engagee au dela des formules de politesse, cela se fait le plus souvent avec les jeunes qui ont un assez bon niveau d'anglais ou de francais, et celles ou le vocabulaire utilise ne depasse pas quelques mots - dans ces echanges, du francais, de l'anglais, de l'espagnol, de l'allemand, tout est bon selon l'interlocuteur - et qui sont basees essentiellement sur des sympathies.

Dans ces deux types de rencontre, je n'ai pas de preference. Il y a des moments ou je regrette vivement l'amorce d'une conversation et d'autres ou apres vingt minutes d'echanges ardus, de langage signe et de sourires, je realise la richesse des langages non verbaux et non verbeux.
Dans les echanges verbaux de qualite, il y a eu tous ces gens de passage, dans les restaurants, les taxis collectifs, les minibus, les bus et dans la rue aui m'ont file plus d'informations sur le pays et la vie qu'ils y menent que l'on en trouve dans n'importe quel imprime.
Dans les regrettables, il y en a un qui illustre tous les autres. La scene se pass a Djounie, dans la rue et j'apercois un valet de stationnement a qui j'ai eu la sotte idee de demander ma route (Le Liechtenchtein camoufle ici une origine et une dualite qui m'est prore et toute ressemblance avec un habitant du Liechtenstein serait fortuite ce qui au demeurant n'a que tres peu d'importance puisque je l'emmerde):
[moi] Afouan Hassidi, Aina l'teleferic ?
[lui] Where are you from ?
[moi] Oh! You speak english. I'm from Liechtenstein. Is the teleferic in this direction ?
[lui] You're from Liechtenstein ? From the "Liecht" or the "Stein" part ? What to you think of this problem ?
[moi] Well, actually, I'm half "Liecht" and half "Stein", In a word, I'm a Liecht & Stein, so I'd rather not discuss politics.
[lui] Ok ! We don't talk politics but I am with Bush. I have to tell you right away. I am right wing. A hundred percent with President Bush from the United States.
[moi] Well, It is entirely up ti you my friend but tell me, the teleferic...
[lui] You go straight, four hundred meters, you can't miss it.
[moi] Shoukran, maa es salaama (ouf!)
Mis a part quelques abrutis dans ce genre, j'interpelle souvent des gens ou je suis interpelle par eux pour diverses raisons et meme si l'un ne comprend rien de ce que l'autre raconte, il n'est pas rare que l'on en vienne a se marrer comme des hyenes.
En terminant, ce voyage apparait aussi etre l'occasion de mieux connaitre des gens que je connais deja. Avant hier, j'ai dine avec "S" que je croise chez "K" et "C" depuis quelques annees pour la raison amplement justifiee qu'il habite avec eux et qu'il est le frere de "K". Ce diner a ete l'occasion de decouvrir un mec adorable et dote de la meme douceur et de la meme gentillesse que son frangin qui, avec"C", sont de mes proches, ceux qui m'emeuvent le plus. Ils sont arrives hier apres-midi et je les ai revus tous les trois hier soir pour un repas fort agreable et, comme le Liban nous y habitue, delicieux.
Je commence a tourner mon regard vers Damas ou je vais enfin retrouver "F" et sa petite famille dans leur environnement, chose que j'avais promise il y a trop longtemps deja.
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