Trial Murder Only

15.3.05

Chandra émoi

Quelle agréable surprise en rentrant chez moi un soir de la semaine dernière de trouver cette superbe rousse à demi nue dans mon lit tenant un roman à la main. J'ai d'abord cru que c'était une ex de mon ancien colocataire qui lui avait chouré un double des clés de chez moi pour venir le harceler. J'ai pensé aussi que pris de remords d'être venus les mains vides à mon anniversaire, mes soi-disant amis s'étaient cotisés pour m'offrir ce petit cadeau tardif.

J'ai vite écarté les deux hypothèses. Premièrement parce que toutes les filles qui ont été victimes des attentions charnelles de mon ancien colocataire sont soit mortes de trop d'orgasmes soit internées parce que devenues folles à force de plaisir et deuxièmement parce que moi comme chacun de mes amis considérons que la femme ne s'achète pas. Cela dit, pour la location, on est moins ferme …

Comme je me faisais ces réflexions qui m'honorent, la charmante enfant, majeure au demeurant, détache le regard de son livre et me gratifie, dans un anglais approximatif, d'un langoureux "Durell, I thought you would never come so I finally made myself a bit more comfortable. Come closer Sweetie." Comment connaît-elle mon nom cette sirène?

Je lui fais signe de patienter un tout petit peu car je n'avais pas rangé les verres que j'avais laissé à sécher sur le comptoir et j'avais oublié d'étendre la lessive que j'avais démarrée la veille. C'est quarante-cinq minutes plus tard donc qu'enfin je m'allonge à côté de cette déesse à qui j'explique que je ne crois pas avoir le bonheur de la connaître.

Elle m'embrasse fiévreusement et me confie ensuite qu'elle veut bien que je l'appelle simplement Chandra si j'accepte que nous fassions un bout de chemin ensemble dans la vie. Je souris donc à la femme de ma vie et pris dans un élan de passion nous avons fait l'amour jusqu'au lendemain soir. Nous convenons ensuite de communiquer en suédois, langue qui ne nous est pas maternelle mais que néanmoins nous maîtrisons tous les deux.

La suite est un rêve et je ne parle pas ici d'onirisme. Toute la semaine, nous nous découvrons l'un l'autre et allant de surprises en étonnements, la passion est vite rejointe par l'amour et l'admiration. Sans être semblables, nous nous complétons à merveille, nous explorons avidement le corps et l'univers de l'autre, nous étudions les gestes et les mots qui nous font résonner tel un diapason, nous envisageons même quelques projets à l'échelle de notre formidable relation.

Ce matin, une semaine après cette auguste rencontre, confiant de l'avenir dionysiaque de notre intime communion, j'ai tenu à lui faire lire ce cahier. Elle n'a évidemment rien pu comprendre de mes billets en français. J'ai été déçu, elle aussi bien sûr. Je lui ai demandé de me montrer le sien. C'était joli à regarder mais je ne comprenais rien à ce qui ressemblait à de l'écriture dans un alphabet que je n'avais même encore jamais vu. Elle était déçue,, moi aussi bien sûr.

Nous savions tout les deux la difficulté de concrétiser sur Internet une relation amorcée dans l'euphorie de la vie. Nous n'en étions visiblement pas à notre première expérience, elle comme moi. Sur le quai de la gare où je regarde son train partir, je constate que je ne m'y retrouve plus toujours très bien et je me demande si j'aurai la force à nouveau de tenter de mêler "réel" et "virtuel".
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