Trial Murder Only

8.2.05

WÉYOU! WÉYOU! WÉYOU

(suite de la note précédente)
Ca y'est. Je suis là. J'ai bu presque la moitié de la bouteille finalement. Je vais vous expliquer mais je ne sais pas par où commencer. Je viens de faire la connaissance de mon cauchemar. Attendez. Je ferme la porte. Je ferme la lumière. Mais que je suis con, ça ne servira à rien.
Je suis arrivé vers 19:00 donc et je vous disais que j'avais eu la peur de ma vie en ouvrant la porte. J'avais bien cru entendre quelqu'un, une femme me sembla t-il, chantonner au moment de mettre la clé dans la serrure mais j'ai pensé que ça venait de chez mon voisin. Comme il est acteur porno et emballeur à la poissonnerie de mon Intermarché , je me suis dit qu'il avait peu être ses petits secrets pour rendre une femme d'humeur fredonnant.
(Petit effet de flashback cinématographique)
J'ouvre la porte et, dans la pénombre du petit couloir de mon entrée, je distingue très bien une bonne femme, de dos, à quatre pattes sur le sol et visiblement guillotinée par la porte de ma chambre à coucher. Je veux dire par là que je ne vois que la semelle de ses chaussures, ses mollets, une vieille jupe ou une robe couvrant ses hanches, son maigre cul et ses cuisses jusqu'aux plis poplités et la porte de ma chambre est… fermée. Je l'entend chantonner, ça ne peut être qu'elle, et je vois son cul bouger de gauche à droite.

La chose se relève d'un seul cou quand la porte contre laquelle je veux m'appuyer frappe un grand coup dans le grand sac de bouteilles vides qui est derrière et que je dois amener au recyclage depuis début décembre, deux mille trois, mais pour lequel je n'ai pu trouver personne avec un semi-remorque.
(Retour à la narration)
C'était donc une chose, enfin une femme, entière je veux dire, avec le tronc du haut et le tronc du bas. Et la porte de ma chambre qui était toujours fermée. Elle ne chantait plus et me regardait droit dans les yeux puis, d'un seul coup, elle s'est mise à émettre des "WÉYOU! WÉYOU! WÉYOU" d'une voix grave et du plus terrifiant effet.
Jusque là, j'aurais pu croire que c'était ma propriétaire qui avait réussi à dénicher une clé pour venir inspecter l'appartement mais le fait qu'elle aurait dû en dénicher deux de clés, la transparence du personnage et ma collection de fouets patagoniens, que je pouvais distinguer très nettement accrochés sur la porte derrière elle, achevèrent de convaincre mon esprit cartésien que j'étais bien en présence d'un fantôme.
Et quel fantôme! C'est là que le cauchemar commence. Après ne lui avoir rien dit en la fixant avec beaucoup d'autorité la bouche grande ouverte, elle m'as dit: "Tu sais qui je suis?" Constatant qu'on avait apparemment torché les caveaux des cimetières ensemble, je lui répondis tout aussi effrontément "Euh, non madame, je suis désolé et espère ne pas vous offusquer si candidement je vous avoue qu'à la vérité, non, je ne crois pas savoir qui vous étiez, euh, vous êtes, euh, enfin, …"
"Ta gueule connard, je vais gerber!"
J'ai quand même gardé la bouche ouverte mais j'ai cessé, à sa demande, de parler.
"À partir de maintenant, tu vas m'appeler par mon nom dont tu n'as pas intérêt à oublier une seule syllabe. Ouvre tes oreilles de mortadelle simple mortel: Je suis RA-AZNA-ANA-ATH DE-EUX DE-E ZAA-NDE"
"?!?!"
"Bon regarde petit con. Pour ta cervelle de gerbille pas complètement illettrée je viens de le graver par épilation sur la moquette de ta chambre à coucher histoire que tu ne m'oublies pas. Je terminais quand tu es arrivé."
Elle s'écarta de la porte et me fit signe de l'ouvrir. J'ouvris. La porte d'abord, la lumière ensuite et c'était bien vrai. Cet ectoplasme avait niqué mon authentique tapis afghan, que j'avais payé très cher à un marocain qui les vendait à vingt euros dans les bars la nuit, pour y épiler l'inscription "Raznanath II de Zande".
"Mais qu'est-ce que t'as foutu vieille connasse" pensai-je en me ravisant aussitôt de peur d'éveiller le courroux de l'atrabilaire chimère déjà fort aigrie d'avoir paumé corps et périsprit. Je l'ai regardée du coin de l'œil et par son visage impassible j'ai compris qu'elle n'avait pas deviné mes pensées. J'ai donc tenté un "T'es vraiment qu'une chiennasse de fantôme à la con" tout en introspection et le résultat a été le même. Elle n'a pas bronché.
Je lui ai demandé ensuite en souriant ce qu'elle faisait là et ce qui me valait l'honneur d'une si agréable visite ce à quoi elle a répondu: "Te fous pas de ma gueule. Tu sens la peur jusque dans l'autre monde et tu ne m'auras pas avec ton verbiage hypocrite. Si je suis là, ça me regarde et si tu penses que c'est toi que j'honore en étant là, c'est que t'es vraiment le roi des tarés. Mais là t'as de la chance, j'me casse."
Et elle s'est barrée. Plus de fantôme à quatre pattes, agenouillé par terre je veux dire, plus de chanson con. Je repensais à tout ça en regardant l'inscription sur mon tapis ruiné et j'ai dit, à voix haute cette fois: "Mais c'est que c'était vraiment qu'une chiennasse de fantôme à la con!"
Ah la boulette! (Jacques si tu nous lis!) La voilà qui rapplique à nouveau et qui me dit "Non seulement tu me prends pour une conne mais tu me crois sourde en plus. Crois-moi, tu n'auras plus aucun répit. C'est décidé, je m'incruste. Tiens, va voir ce que j'ai mis sur la porte."
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