Trial Murder Only

6.2.05

Pendant que j'y repense (la mémoire du café)

Avant de me faire un café turc, je fais bouillir du lait dans le cezve (prononcer "djèzvé") tout neuf que j'ai acheté mardi dernier dans un bazar d'Istanbul. Je repense au temps où j'ai appris à le préparer. C'est Sharon, qui m'avait appris. Cette fille terrorisait tout le monde par ses insultes incessantes, son ironie et un cynisme déroutant mais moi je l'adorais. Bisexuelle et très garçon manqué, la dernière fois qu'on s'est vus, elle m'a quand même dit sans l'ironie qui la caractérisait: "You're hard to get. That's what I like in you". Elle ne m'a peut-être pas eu mais moi je repense à elle régulièrement. C'était une sacrée gonzesse.

Je jette le lait et rince le cezve que je remplis aux deux tiers d'eau. Je mets le tout à chauffer sur le gaz. En ouvrant la boîte de café, je repense à Luca, personnage incroyable venu du nord de l'Italie pour atterrir dans un kibboutz. Ce mec, le jour d'une convocation importante au sujet de sa conversion (au judaïsme) , a raconté au rabbin notre soirée de la veille, s'est excusé pour son haleine d'alcool et lui a demandé si il n'avait pas avait un bonbon ou un chewing gum. Honnêteté, personnalité, le rabbin lui-même a apprécié et au final ça a marché. J'ajoute trois cuillères à sucre de café dans l'eau et je rigole intérieurement en me rappelant ses "Why no" qu'il lançait en guise de "Pourquoi pas". Personnellement je ne mets pas de sucre dans le café, mais si vous en voulez, dites-le moi parceque c'est maintenant.

J'ajoute trois cosses de cardamome et un petit morceau d'écorce de cannelle. Pendant que je surveille en attendant que le café bout, je me revois sur la montagne, dans les enclos, à nourrir deux milles autruches où dans les villages environnants, à poursuivre celles qui s'étaient enfuies. Je me marrais pas mal plus dans le boulot à cette époque. C'est un des boulots les plus géniaux que j'ai eu dans ma vie. Je repense à un soir de pourim, où avec des résidents du kibboutz nous devions jouer trois chansons à divers moments de la soirée. Entre la première et la troisième, j'ai eu le temps de siffler une bouteille de vodka. Je ne vous décris pas le spectacle vers la fin. J'ai même une photo que je pourrais numériser pour les plus insistants d'entre vous. Je repense à Leron et Trisha entre autres. Oh, et à la copine de Sharon aussi qui est venu me trouver pendant que je dégueulais pour me dire à quel point nous avions été bons (?!?!).

Le café commence à bouillir, je soulève le cezve pour laisser redescendre la mousse et plus que les turcs, plus que les libanais, je répète l'opération sept fois. La manœuvre me laisse donc tout le loisir de repenser à Niki, une histoire courte mais inoubliable, vécue dans six pays, sur trois continents. Je l'ai parcourue fiévreusement et jusqu'à épuisement.

Voilà! C'est prêt. Je vous sers un café?
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