Trial Murder Only

23.2.05

L'attente

Je voulais le faire depuis plusieurs jours, j'ai eu amplement le temps mais ce n'est qu'aujourd'hui que je trouve les mots. Je t'écris ce que j'avais commencé à te dire au téléphone hier soir avant l'interruption brutale de la discussion. Je t'écris un peu pour réitérer un discours que je tiens depuis quelques mois déjà. Je t'écris pour que la conversation que l'on aura ce soir ne dérape pas.

Nous essaierons donc de répondre à la question que tu posais il y a huit jours. "Dis-moi, nous deux ça va?". Je t'avais répondu en substance que de mon strict point de vue, si je devais réfléchir de manière égoïste, ma réponse est que oui, ça va très bien. J'avais ajouté que je suis cependant conscient et très préoccupé par le malaise qui récemment s'est immiscé entre nous deux. Ce malaise, c'est beaucoup de la déception pour toi, et de ce qu'elle est causée par mes besoins complexes de liberté qui sont réels pour ne pas dire vitaux.

Rassure-toi, je n'écris pas pour rompre quoi que ce soit. Parce que les femmes mettent toujours un peu de ce qu'elles veulent dans ces mots, j'ai mis une éternité à te dire "je t'aime" mais quand je l'ai fait, assumant pleinement ce que tu allais imaginer, c'était parce que c'était vrai, simplement. Aujourd'hui, j'assume toujours autant et surtout, je ne pense pas autrement.

Donc je t'aime. C'est indéniable. Je ne vois pas pourquoi cela pourrait être différent. Si je ne sais pas toujours ce que ça veut dire, je vais te parler aujourd'hui de ce que ça ne voudra jamais dire. Je change profondément depuis un certain temps et toi qui m'a connu avant, tu mérites plus que tout autre, que je m'exprime clairement.

Tu m'as demandé souvent cette semaine si j'allais bien. Je t'ai toujours répondu oui car c'est vrai, je vais bien. J'ai le moral au plus haut, je suis plutôt très joyeux en ce moment et ne fais pas du tout dans la déprime. Je constate cependant que d'un point de vue social, c'est moins brillant. C'est un peu la chronique d'une déchéance amorcée. Tu le sais, je n'en peux plus de ce travail ou j'ai l'impression de tenir un rôle dans une mauvaise reprise de "le sixième sens", et globalement ma vie n'est pas vraiment ce que je voudrais qu'elle soit. Ce que tu sais moins c'est que je me comporte de plus en plus comme un inadapté, que je suis par ailleurs, que je ne m'occupe de mes affaires qu'avec une extrême difficulté et que je perds graduellement le sens des responsabilités. Je ne sais pas encore où cela me mènera mais sache que cette incapacité à vivre normalement avec mes contemporains est compensée par une intense et très personnelle activité créatrice.

Je passe mon temps à écrire. Je ne fais que ça et je ne veux que ça. Ce que j'écris ne tient pas du génie mais me rapproche graduellement de mes envies. Ceux qui lisent un peu de ce que je diffuse ne me connaissent pas, ou ne me connaisse que pour ça, l'écriture et le voyage. A toi, aux autres qui me connaissent d'avant ou à ceux qui me connaissent insuffisamment, je ne montre rien car j'ai trop peur d'écrire différemment si je sais que vous vous me lisez. C'est trop tôt mais ça viendra. J'apprendrai à être fier, à assumer. Le moral que j'ai aujourd'hui, c'est à ce que j'écris que je le dois, la déchéance amorcée, c'est à ce que je ne l'ai pas fait plus tôt.

Tu te demandes peut-être quel est le rapport avec toi et moi. Il est simple. Ce que je commence là, je vais le poursuivre. Si je ne le fais pas, je préfère crever. Tout de suite. Je vais donc écrire, le plus possible. Pour vivre. Je vais voyager, avec toi si tu le veux car ça me plait mais seul aussi parce que c'est autre chose et que j'en ai envie. Il y a quelque mois, je retombais dans mes vieux comportements troués mais confortables. Je me suis remis à me faire croire qu'on pouvait et qu'on devait envisager l'avenir ensemble, faire des projets. Puis, il y a eu décembre et un premier pavé dans la mare, et quelques autres ensuite.

Je pense aujourd'hui que c'est heureux. Je te le dis souvent depuis mais, le malaise vient de là aussi, j'ai l'impression que tu n'as pas envie de comprendre, d'accepter. Nous n'achèterons pas cette maison ensemble. Il n'y aura pas de grand projet de vie à deux. Je t'aime, je le disais mais pour moi ça n'implique pas les rêves et les attentes. Je t'aime libre, avec ou sans moi et je ne me supporte qu'en me sachant libre de mouvement. Je t'ai dis très sincèrement et je le répète souvent que tu ne peux et qu'il ne faut rien attendre de moi. Je parle d'attente de couple évidemment. Pour le reste, la vie, ses joies, ses malheurs, je suis là toujours. J'essais de faire un homme de moi, seul s'il le faut, avec toi si tu le souhaites, et avec eux, ces quelques amis que tu connais et qui patiemment, toujours, sont là.

Voilà, je ne rejette personne mais tu sais aujourd'hui ce que je ferai à partir de maintenant et surtout, tu sais pourquoi je le ferai. Alors, la question est bien celle que je te posais il y a huit jours. Toi, tu veux faire quoi? T'es certaine d'avoir envie de vivre ça? Je te vois tout à l'heure, tu me le diras.

Je t'embrasse
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