Trial Murder Only

19.4.07

Exit

Je bouge de là

1.1.07

Tu ne croyais tout de même pas que t'allais y échapper ?

Ne sachant trop comment m'occuper d'ici à ce que je retrouve le moyen de faire bouger ce cheminotron qui accule plus qu'il ne revance en ce moment, j'avais fait venir une troupe de danseuses brésiliennes pour m'inculquer quelques rudiments de samba. J'ai malheureusement dû les faire partir aujourd'hui même après que j'eusse surpris l'un d'elles, Jorge, surprenant de manière honorable ou honorant de manière surprenante, c'est selon, mon pauvre Leyland encore en pleine cuve de sommeil.

Il me sera donc impossible de terminer d'apprendre cette magnifique chorégraphie qui devait constituer une imparable parade nuptiale dédiée à cette déesse qui me hante. Du coup, je redeviens un Hell's Ermite enfourchant son stylo et je roule à bille dans ce carnet désert (entendre "Writers On The Storm" en fond sonore).

Il y a deux ans, à la même époque que l'année dernière à cette époque ci, je suis presque certain que j'ai dû t'emmerder et m'astreindre à un genre de bilan vaguement inspiré par une date fatidique dans le déroulement normal du calendrier grégorien, le jour de ma naissance.

Ne compte pas sur moi pour recommencer cette année. D'abord parce que ça n'intéresse personne cette vie hallucinante qu'est la mienne et ensuite parce que ce serait faire trop d'ombre au bilan annuel que je m'apprête à te faire et qui est vaguement inspiré par une date fatidique dans le déroulement normal du calendrier grégorien, le jour de ma naissance.

Avant tout, pendant que tu te délectes de chacun de mes mots en suçant une olive truffée d'une amande salée, je tiens à te dire à toi, fidèle et sublime lectrice allongée nue derrière ce moucharabieh en dentelle de soie, que je suis éternellement jeune et apte. En effet, les décennies n'ont aucune prise sur moi et je le prouve chaque jour car en tant que quarantenaire assermenté par les plus hautes instances gériatriques, j'ai réussi l'épreuve ultime qui consiste à semer des cheveux pour les faire pousser ailleurs que sur mon cuir sans jamais perdre une seule des rides accumulées au fil des ans. Il te faut donc persister dans ces rêves ou toi et tes copines alanguies me harcelez pour que je vous cuisine un curry.

Par où commence-je donc ? Ah oué! Ma mère m'écrivait à la veille de notre nouelle à nous les crétins, pour me le souhaiter joyeux et me raconter le sien qu'elle allait passer avec les siens justement ce qui incrimine un tas de gens bien sauf moi. Heureusement que je n'en ai rien à foutre ! De nouelle évidemment ! Pas de ma mère qui est une sainte femme pour des raisons évidentes.

Qu'est-ce que je faisais moi ? Une fois de plus, pour ne pas dire non, j'ai passé quelques heures à festoyer en buvant de l'eau avec ces mêmes amis que, comme d'hab, je ne connaissais pas l'année précédente et qui, comme d'hab, ne seront pas ceux de la suivante.

Je réfléchis souvent à la nature et à la fragilité des liens qui m'unissent à très peu de gens finalement. Parfois, j'ai l'impression d'un véritable gaspi tant mes unions se délitent inexorablement sous l'emprise du temps, de la distance et de la différence. Parfois je suis plutôt ravi d'observer en cette déliquescence relationnelle un passage à des états subtils de la matière amoureuse, amicale ou familiale.

Bienvenue chez moi. Fermez la porte en sortant
La première impression refait toujours surface lorsque je m'entraîne au surplace prolongé. Dans ces moments-là, il m'arrive de vouloir me convaincre que la complète vacuité de mon existence est due à de très mauvais choix de vie et au fait que je n'aurai jamais su maintenir quelques personnes autour de moi comme il est d'usage de le faire dans le cours d'une vie normée. Ne parlons même pas de mon manque de talent avéré dans la fabrication de clônes terrestres. Enfin, les fabriquer, je sais comment mais eux n'ont pas envie de naître quand ils s'aperçoivent que c'est mon éprouvette qu'on astique.

La seconde impression reste celle qui s'impose le plus à moi car bien que j'aie merdé dans quasiment toutes les entreprises de ma vie, il n'est pas vraiment utile de regretter quoi que ce soit. Il vaut toujours mieux savoir dénicher, découvrir et vivre les avantages de ses choix que d'en pleurer leurs conséquences. De plus, quand on a tout raté, cela implique forcément qu'on a réussi l'essentiel, à savoir tout le reste.

En ce qui concerne toutes ces petites entreprises pour lesquelles il est habituel de s'enthousiasmer, je dois avouer qu'elles me semblent de plus en plus vaines. Je pense à Bashung et je constate que la seule qui dure et ne connait pas la crise a son siège social dans ma plus grosse veine, cette tour cyclopéenne dominant la zone d'activité érogène de ma périphérie humaine, ce bastion contre la déveine, ce castel de mes reines, dondon dondaine, tonton tontaine, quoi je suis prétentieux ? Mais non, ce n'est qu'un délire de la quarantaine, une prière gaulienne, Amen !

Bref, j'arrive à quarante et un ans et je dois avouer, pour rester dans le ton et résumer le paragraphe précédent, que je m'en bats les couilles de n'avoir rien réussi de ce que j'avais entrepris pour m'inclure dans cette société. En revanche, je serais bien emmerdé si je devais échouer dans mes tentatives de m'en exclure. Je ne parle pas d'exclusion post-pubère qui me pousserait à clore ce carnet, ouvrir un Skyblog et dire au monde comment il est tout pourri sauf "mé zami ki st tro supr". Je parle juste de ne plus habiter ce monde avec les méthodes qui nous sont proposées sinon imposées.

Quelqu'un a les clés de la vie en société? Je voudrais sortir un peu
Ce n'est pas vraiment facile tu t'en doutes bien. Pas facile parce que les efforts que je fais sont souvent vains ou n'apportent pas le résultat escompté. Pas facile non plus de s'extirper de son carcan et de mettre en place des idées originales. Pas facile enfin, lorsque c'est nécessaire, de fédérer son monde à soi et autour de soi.

Je ne sais pas où je vais, Je ne sais donc pas où j'arriverai et s'il importe même que j'arrive à quoi que ce soit. Pour l'instant, ma route est habitée par des gens biens. Des gens que je ne reverrai peut-être jamais. Des gens qui ont sans doute une importance que je ne soupçonne pas. Des qui m'aiment. D'autre pas. Des qui passent sans s'arrêter. Des qui s'arrêtent plus de passer. Ceux dont on voudrait bien se passer. Bref la vie quoi. Comme tu le sais, l'important est ailleurs et on s'en fout puisqu'il n'y a pas de sots métiers.

Non, la seule chose qui me désole parfois est la stérilité. L'effort dont rien ne subsiste. Voilà peut-être une des seules choses qui me reste encore à perdre, la vanité de persister.


P.S. : Tu imagines bien que l'intarissable sujet que je représente n'est pas clos. C'est pourquoi je dois te parler de quelqu'un qui ne répond jamais aux questions très personnelles que je lui pose sous prétexte qu'elle ne saurait pas par où commencer, qu'elle n'aurait rien à dire et que je ne parle pas l'hébreu. Moi je ne parle pas l'hébreu! Auf dem Kopf meiner Mutter spreche ich hebräisch.

Ne cherche pas tu ne pourrais même pas la reconnaître si je te la montrais en photo car elle a récemment changé d'identité et opéré un défrisage qui l'anonymise à jamais. Seul le Mossad a son numéro de portable et c'est même pas elle qui répond.

Devant cette mauvaise foi caractérisée, j'ai donc châtié l'énergumène en la menaçant de parler d'elle ici même, châtiment que j'exécute donc en espérant que tu t'abstiendras de filmer avec ton portable et que tu n'iras pas relayer des images qui pourraient choquer la planète entière. Sans déconner, des vierges lisent ce blog.

J'ai beaucoup pensé à, nous l'appellerons Jijizeddóttir afin de la préserver. J'ai beaucoup pensé donc à Jijizeddóttir en écrivant ce billet, c'est-à-dire depuis quelques semaines. Pourquoi ? Parce que je l'aime d'abord. Bon je sais, dis comme ça, ça paraît louche mais bon si je devais t'expliquer, je ne saurais pas par où commencer et de toute façon, tu ne parles pas hébreu. Donc je l'aime et c'est moi que ça regarde du pourquoi et du comment que je l'aime. J'ai donc pensé à elle pour toutes ses qualités que tu n'imaginerais jamais trouver en une seule âme mais aussi parce que ce temps des fêtes qui ne veut vraiment plus rien dire pour moi, si j'avais pu le passer avec la personne de mon choix, ça aurait été avec elle (et avec sa permission bien sûr). Je suis certain que si j'avais pu faire ça, je t'aurais pondu un billet bien plus marrant.

Donc je l'embrasse très fort cette alien et j'arrête là mes rimes en ène.

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11.11.06

Pachamama

À Luzmila Carpio (Sangueza)


Ce matin, j'étais comme un ruminant devant le messager du monde et j'ai pleuré. Un Ange venu du cœur de l'Univers, ces hauts plateaux où on lui a enseigné le Monde, était invitée à parler des changements qui s'opèrent dans le pays qui l'a nommée ambassadrice en Hexagonie.

Au fil du débat, les mots de cette femme m'ont ravi. Presque impossible, il était de toute manière inespéré qu'un personnage politique comme elle l'est devenue aujourd'hui argumente avec les sages principes de la cosmogonie qui l'ont faite femme, qui l'ont faite Reine.

Toute sa vie a été de chanter. Elle chante avec une voix qui plus qu'une voix, est une lame de fond qui des abîmes de l'âme fait la courte échelle au genre humain pour lui permettre de contempler le Monde d'en haut et l'Univers en son centre.

Son pays a connu un changement bouleversant il y a peu. Pour le conduire, l'un des siens a été élu. Hors les siens ne valent guère plus que de la vermine aux yeux des descendants des conquérants de jadis qui leur imposent encore aujourd'hui une exclusion infâme, intolérable.

Je n'aurais pas été surpris de l'entendre tenir des propos visant à afficher les intentions politiques vengeresses de la part de "son Président" comme elle s'y réfère elle-même. Or ce n'est pas ce que j'ai entendu; et c'est encore moins ce que j'ai ressenti.

Son pays, c'est bien sûr les neufs provinces qui le définissent aujourd'hui mais pas seulement. Ce dont elle a parlé, ce qui m'a parlé au coeur dans sa vision de l'avenir, c'est la Terre-Mère, Pachamama dans sa langue divine. Alors qu'on faisait mourir les siens sans que ça préoccupe beaucoup l'autre genre humain, on lui demande ici de rassurer le monde sur le risque encouru que les siens se vengent de leurs bourreaux, qu'ils pratiquent en quelque sorte une forme d'indigénisme maintenant que le pouvoir leur revient. La réponse était si douce que la question est apparue soudainement abjecte.

"Les oppresseurs sont des frères" a-t-elle dit. "Pachamama est pour nous tous et jamais nous ne pratiquerons l'exclusion". La chose est impossible dans leur conception de l'Univers où l'Humanité est une Divinité à l'égale de l'Eau, de la Terre ou des Étoiles. Devant le manque d'expérience avoué dans les affaires de gouvernance nationale, elle a continué avec ses mots simples qui ont imposé le silence et conclu en priant les Nations d'accorder leur soutien d'une part mais surtout leur confiance.

A ce moment, je le répète, j'ai pleuré. Pour un cours instant, une initiatrice qui m'était alors inconnue m'a donné les clés de sa langue Quechua pour me permettre de voir le monde comme il devrait être et c'était réellement bouleversant.

Le plus réjouissant est que cette vision du monde soit fondatrice d'un programme politique réel. Je ne suis pas une Nation mais toute la confiance qu'il me reste je la lui donne. À elle, à son Président mais surtout, à nous tous.

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5.11.06

Pan! T'es mort (Sinon je joue plus!)

Pour la première fois de ma vie, hier matin, j'ai rêvé que l'on me butait. Je veux dire que l'on me butait mais qu'en plus, je mourrais. Comme pour Toi, j'ai souvent eu ces rêves dans lesquels on frôle la mort ou qui nous font vivre des expériences physiquement traumatisantes, mais jamais encore l'un d'eux ne m'avait décédé complètement.

Dans ce rêve donc, j'expliquais à quelqu'un comment faire pour se rendre par le train vers un chez moi que je n'habite plus depuis des lustres et voilà que je me retrouve assis seul dans le wagon de queue d'un train en mouvement. Oui dans mes rêves je m'autorise à faire les mêmes montages à la tronçonneuse qu'on nous inflige à la tévé en Hexagonie. J'espère ainsi que la tévé aura l'excellente idée de me confier à moi-même tout seul la réalisation d'une grande saga historicopoliticodocuporno pour raconter toujours la même chose, ce dont personne ne parle jamais et qui reste aujourd'hui l'un des plus mystérieux mystères. Je pourrais alors devenir le milliardaire paresseux et inutile qui sommeille en moi et faire avancer le Cheminotron. Tu me diras "Tu peux toujours rêver". Justement j'y reviens.

C'est alors que par la vitre, je vois un mec en costard surgir au bout du quai et piquer un cent mètres pour sauter dans le wagon. Je suis d'accord avec toi, la chose est désormais impossible à la SeuNeuCeFeuh mais elle l'a peut-être été jadis comme elle l'est toujours ailleurs dans le monde.

Je ne t'ai jamais parlé de Helen ? Non ? Oh c'est une fille que j'ai pécho jadis naguère par les moyens (entendre une dialectique) les plus vils qui soient. Toujours est-il que ça a marché et que le jour des "quittances", je lui ai fais le grand jeu en l'accompagnant dans le wagon qui devait nous séparer à jamais. Lorsque le train s'est mis en mouvement, je l'ai embrassée une dernière fois car ces lèvres étaient le seul souvenir qui puisse justifier une telle mise en scène et, la fixant fiévreusement, j'ai reculé vers la porte que j'ai rouverte pour sauter du train en marche (pathétique mais authentique). Je ne l'ai plus jamais revue. Remarque, à sa place, j'aurais fait pareil. Loin de moi l'idée de parler de mes conquêtes (c'est ça ouais!). Je voulais uniquement mettre de l'avant qu'en d'autres lieux ou d'autres époques, il fût possible d'ouvrir la porte d'un train en marche (It is however, the fuck knows why, impossible to shoot someone from the back of a moving trainFlashback qui n'a rien à voir - 1990).

Bref dans mon rêve, le train avance, le mec court et fini par sauter à bord du train en ouvrant de force (mais puisque je te le dis !) la porte devant moi. Très rapidement il vient se placer derrière moi de sorte que ce n'est qu'en me retournant que je le vois me mettre en joue avec une carabine d'un calibre hypertrophié.

Comme si cela devait m'éviter quoi que ce soit, je plonge vers l'avant pour éviter le pire mais le coup de feu me fige, ma nuque se raidit et incrédule, comme si ce qui me sert d'âme était resté assis, je vois le haut de mon corps se coucher sur mes jambes et je comprends que le sang qui est allé gicler sur la porte des toilettes est le mien. Je me réveille (pour de vrai).

J'ai passé ma vie à mourir pour de faux mais c'est la première fois que je meurs pour de vrai dans un rêve. Ca fait un peu bizarre au réveil mais je suis rassuré par le fait que seules les femmes nues sont autorisées à monter sans prévenir à bord du Cheminotron alors avant qu'elles puissent me dissimuler une carabine.

21.10.06

Le Gouffre

J'ai encore fait une connerie. Avec le Cheminotron, au rond-point, au lieu de prendre la première sortie à gauche comme c'est très bien indiqué dans l'Only PlanetHexagonie, j'ai fermé les yeux et, piquant droit vers les abîmes, je suis entré en moi comme dans un gouffre. Depuis, je me retrouve cloîtré dans la Cathédrale de Rien. J'observe le monde au Périscope, Aristilde patiente et Leyland, il lit Verne.

Faire l'expérience du Noir, à moins qu'il soit servi petit, chaud et très serré, n'est pas une bonne chose sur le long terme. Du moins pas si tu souhaites continuer à vivre dans ce monde-ci au milieu de Les Zôtres comme toi. Comment se fait-il que le françaoui, parlé ou écrit, ne reconnaisse pas de teintes au Noir comme on le fait pour les Bleus et les Rouges ? Ce qui n'est pas Noir doit obligatoirement devenir Gris. Quelles sont ces langues qui ont le bonheur d'avoir les mots qui permettent de mieux explorer le Noir et ses abîmes, de mieux nous le raconter ?

Chez moi, ce Noir n'est jamais très Noir. Oh, il l'est suffisamment pour que je ne distingue plus rien. Je ne sais plus voir ce qui est vrai ou ce qui est faux (mais le peut-on vraiment au fait ?) et encore moins ce qui est vrai et faux. Le laid comme le beau ne sont plus que des souvenirs que je peine à conserver. Je ne vois plus les passants qui me saluent de la main, les amis qui m'écrivent de loin. Effacés les sourires, les regards, les signes. Ne reste plus que le vide et l'absence, la vacuité de mes actes, l'inanité de mes sens. Pourtant, ce rai infime, voire infâme, cette lumière de rien du tout me nargue et éclaire mon visage de mort qui la reflète sur les décombres autour.

Il est une faculté, à moins qu'il s'agisse d'une faiblesse, qui m'épate toujours chez l'humanoïde pour ne pas dire moi. Quand les choses vont mal, pour ne pas dire très mal, on, pour ne pas dire je, serait(s) en droit de se (pour ne pas dire "me la") fermer (pour ne pas dire ta gueule), au(x) reste(s) d'immonde. Il serait compréhensible de n'avoir plus rien à attendre de la vie ou de Les Zôtres. Or, ce n'est pas ce qui se passe. Bizarrement, c'est toujours dans ces moments là que les merveilles émanant de Zôtrui, par ce fil d'Ariane lumineux, se montrent à moi dans leurs habits de sublime.

Dans l'attente (de je ne me souviens plus trop quoi exactement) donc, ce Périscope me sauve la vie. C'est vrai. Entre les effluves provoqués par la mauvaise haleine, les émanations gazeuses et les problèmes de rétention d'un Orignal bâté et une vision périphérique passablement floutée, il est bon d'avoir un œil par-dessus la tête. C'est ainsi qu'à défaut de les gravir, je peux continuer d'admirer mes "Monts Célestes" à moi dont j'aimerais bien te parler un peu.

Le plus haut, un Puy sans fin est hérissé de pics immenses qui, comme les guides, les Gourous, les Cheikhs ou plus simplement quelques amis, m'enseignent ce que je dois savoir pour affronter ces cols infranchissables qui mènent à la Liberté, la Conscience et donc la Mort. C'est le plus mystérieux et bien que facile d'accès par ses abords, son regard impressionne et rend humble. Encore un peu lâche par mon humanité, c'est en douce que j'épie ceux et celles qui tentent cette ascension dont on ne revient pas, ou dont on revient Autre.

Il y a aussi cette ligne de crêtes qui est un appel sans fin à prendre la route sous les flamboyants auspices d'un ciel étoilé et infini.

Je m'en voudrais de ne pas mentionner ces collines et ces monts qui m'entourent et que je parcours parfois pour mieux m'approcher des autres encore inaccessibles. C'est très égoïste, on peut le penser. Quant à savoir ce que je pense …

Et enfin, mon Éminence à moi, ce Djebel de mes rêves de mortel, cette montagne qui se dresse comme un contrefort entre ce monde à vivre et les infinis à explorer, ce port au milieu des cieux. Je me suis donné pour défi de l'atteindre avant de voguer plus haut encore.

31.5.06

Durell N.Moriarty, ses gambadinages, son Cheminotron, Leyland et je ne sais quoi encore ...

Salut à toi. Me revoilà enfin et c'est évidemment surtout pour moi que je dis ça. J'ai passé les derniers mois à me débarrasser d'un truc ou deux, à suicider quelques cadavres avant de les jeter à la mer afin qu'ils portent ailleurs leur message mais surtout, j'ai rendu les clés et toutes les chaînes qu'elles refermaient sur moi. Puis, en avant toute, j'ai pris le large aussi.

Comme je ne voulais aller nulle part, ça n'a pas été simple et j'ai dû me fabriquer un véhicule. Des milliers d'heures pour aboutir à ce qui me trimballe aujourd'hui, un Cheminotron. C'est un savant mélange de technologie et de travail artisanal. C'est à la fois un véhicule spatiotemporel et un abri contre l'ineptie, une cathédrale vouée à l'exploration de l'Univers et une cantine.

Une fois le Cheminotron gréé, j'ai mis le cap vers la Métropolie Hexagonale, chef lieu de l'Hexagonie Accidentelle, pays mystérieux s'il en est, où le peuple aime à se fendre la gueule autant qu'à se la bourrer. Voilà qui me convenait tout à fait. Ce n'est pas tout à fait par hasard si j'ai choisi cette destination. Pour être plus juste, je devrais dire que c'est elle qui m'a choisi. En effet, Aristilde (dit Le Fol), en son assemblée des Lieder Mélancoliques, m'a fait quérir.

Dessine-moi un cheminotron

Bien que je sois déjà sur les routes et que le Cheminotron fonctionne à merveille, je veux bien revenir sur ce qui a pu sembler une pause au lecteur endormi. Je profite donc de cette journée de pluie sur les bords d'un indomptable fleuve de l'Hexagonie et sous l'œil apaisant de quelques futures bavettes à l'échalote ruminantes pour expliquer ce qu'a fabriqué Moriarty. Tout ce que vous allez lire découle d'une mémorable cuite où mon ami, le Docteur Faustroll et moi-même, avions convenu que les gestes valaient les opinions et qu'il serait triste de s'en priver. Il ne s'est plus réveillé depuis mais qu'il soit à jamais ici honoré.

D'abord, comme je l'écrivais précédemment, j'ai dû me défaire de mes chaînes. Périlleux exercice que celui-là et qu'il vaut mieux ne pas tenter chez soi. Il faut expliquer à ses bourreaux que l'on ne supporte plus d'être bourré et vendre tout ce qui a pu servir à les supporter. Il faut aussi rasséréner les amis sur le fait que l'on ignore de quoi on va vivre, qu'on s'en fiche, mais qu'on est tout de même saint d'esprit. J'aurais presque pu réaliser tout cela sans heurts, mais c'était sans compter sur ma propriétaire que j'ai dû achever à coup de pelle avant de la dissoudre à l'acide dans une canisette (Salut Raymonde). Mais rassurez-vous, bien qu'elle ait conservé un trésor qui m'eut été utile, je lui ai d'abord remis ses clés (Vous pourriez me croire rancunier).

Ensuite, j'ai consacré mon temps à la fabrication du Cheminotron. Si il y avait une seule chose sur ce véhicule qui ne soit pas taxée d'interdiction, je vous montrerais une photo. Aussi, pour me préserver une mouvance discrète, je me contenterai de le décrire.

Il s'agit en fait d'une roue unique à deux jantes dont l'écartement peut varier au besoin de deux à quarante mètres. Ces deux jantes sont retenues par les différentes composantes de l'engin. Tout d'abord, à la base, on retrouve le système de propulsion et le poste de pilotage. Pour ce poste clé, j'ai su convaincre un orignal aquaphobe de quitter son lac et de mouvoir l'équipage en échange de trois barriques quotidiennes d'alcool frelaté. Bien qu'il n'ait pas l'âge de raison et encore moins celui de conduire, qu'il le fasse dans un état perpétuel d'ébriété et qu'il soit membre à part entière d'une espèce protégée, l'orignal et moi n'avons pas à nous plaindre l'un de l'autre et le Cheminotron chemine parfaitement. L'orignal tient à ce qu'on l'appelle Leyland. J'ignore pourquoi.



Au dessus du poste de pilotage, il y a quelques locaux techniques dont celui qui sert à distiller l'alcool et celui ou je fabrique des trompettes à poire. Il y a aussi, mais vous n'en connaîtrez pas le contenu, cette vaste soute très secrète que j'ai baptisé la Cathédrale de Rien. Il faut savoir que grâce à de puissants diffuseurs, pour le passant, le Cheminotron n'est qu'un vélocipède qui fait vachement rigoler.

Pour simplifier, disons que le Cheminotron emprunte clandestinement les fossés qui bordent les routes de ce monde étrange et vaste et aux creux desquels il se meut grâce à un astucieux recyclage des immondices qui les jonchent.

En route

Voilà pour le récapitulatif. Depuis, Leyland et moi, nous fossoyons allègrement vers la bastide d'Aristilde. À raison de plusieurs mètres par jour, le périple n'est pas sans aventures et il m'est impossible de prévoir le jour de notre arrivée de même que j'ignore tout de ses attentes. Sa missive disait "Je vous attend !" alors du coup, il attendra certainement un peu.

Oh! Je ne t'ai pas raconté ? "Ben non" ! forcément ! Après avoir traversé le terrible massif de la Centralie hexagonale, j'ai cru ne plus vouloir vivre après ce qu j'y ai vu. Le Cheminotron, comme au matin du monde, s'est offert un voyage au cœur paradisiaque des ces monts célestes. C'est si beau que c'est à vous couper l'envie d'aller plus loin. J'ai donc failli y rester. Ce qui m'a un peu mis le doute, c'est que les peuplades de cette région certes magnifique mais tout de même inhospitalière, au moment de notre passage, ne manifestaient contre rien du tout et qu'aucun journal n'en parlait. Incroyable non ? Ma parole ! Les rues étaient désertes je vous dis ! Effondrés, Leyland et moi avons sifflé tout l'alcool que nous avions produit dans la journée.

Lorsque nous sommes enfin redevenu ivres, c'est dans un café de village que nous avons pu obtenir quelques explications. On nous a dit que si les gens ne manifestaient pas, c'est qu'ils ne savaient pas pourquoi. "Mais ne vous a-t-on rien promis ?" ais-je candidement demandé. "Si" m'a-t-on répondu "et puisque que rien n'a été fait, nous pensons qu'il n'y a donc rien à redire". Et pourtant, pendant des mois, nous en entendrons plus d'un opposer à nos compliments sur le pays qu'ils habitent les doléances les plus fascistes, pour ne pas dire diverses. Nous allions céder à la panique lorsqu'un soir, au milieu de ce nulle part hexagonal, à l'heure de planter le campement, un autochtone nous rassura: "Waïli, où t'y veux t'y campes ! Rer t'y vas au stade là-bas, pirsonne va t'emmirder. Oula!. C'y par là bas, t'y fis doux kiloumètres et apris à gauche!". On nous disait en danger de maures mais au final, le maure nous guida. Qu'il vive heureux.

Je suis un peu emmerdé car je devais vous en raconter davantages sur notre épopée mais le problème est que je viens de ramasser une gosse que j'ai évité de justesse pour ne pas saloper le Cheminotron et qui ne fait que chialer et me déconcentrer. Je ne sais pas trop comment faire avec ces sales mômes et je comprends tout à fait qu'on les abandonne mais celle-là est particulièrement spéciale à gérer. Tiens, la voilà encore qui réclame son Kloum, c'est-à-dire rien du tout. Je ne sais plus quoi faire, ces derniers jours je trouve tout mais rien, jamais. Leyland, tu veux pas lui donner un coup de sabot ? Leyland ? tu dors ? Oh!


7.5.06

Les gambadinages de Durell N. Moriarty

Je reviens bientôt (quelques semaines) et je ne serai pas seul. Tu auras été prévenu !

2.2.06

Alibi (cyclette)

Bientôt deux mois que je ne travaille plus. Je ne te dirai qu'une chose: Qu'est-ce que c'est bon. Oh putain que c'est bon. Ouiiii!

Mais bon, faut pas croire… c'est pas tous les jours facile hein. Mon absence en ces lieux et chez toi est bien la preuve que je suis plus occupé que jamais. Il est vrai que mes nuits s'étant allongées de six à huit heures, je dispose désormais d'assez peu de temps pour accomplir l'essentiel des tâches inhérentes à l'exceptionnel destin qui m'échoit. Pendant que tu t'échines à quelques besognes dans le but d'être utile à la société, moi je dois me curer les ongles et me brosser les dents. Crois-moi, tu ne veux pas changer de place avec moi.

Pendant que tu étais bien au chaud dorloté par les propos réconfortant de tes pairs et impairs, supérieurs ou subordonnés, je progressais d'a peine plus dix centimètres par jour sur la carte de France. Lorsque près de la machine à café tu sirotais le tien enveloppé dans les odeurs de cendre froide des cendriers trop plein, je préparais le thé sous zéro ou je bifurquais vers quelque brasserie de province à la découverte de fabuleux terroirs.

En plus il n'a pas fait très beau. Tu n'a pas remarqué ? T'étais au taf ? Ah, pardon! Il n'a pas fait très beau donc. Pendant une première dizaine de jours de plein air, il n'y a pas eu plus de deux heures de soleil sur ma route. Je ne sais pas où il était. Je devais l'avoir dans la tête. Ca ne s'est pas beaucoup amélioré ensuite. J'ai donc dû écumer tout le sud-ouest en compensant la perte calorifique par un apport calorique et gastronomique non négligeable.

Bon tout ce préambule à deux balles pour te dire de ne surtout pas souhaiter être à ma place. Tu comprends ? Errer, humer, goûter, méditer ou pioncer, est-ce bien raisonnable quand on peut bosser ?

Que s'est-il donc passé depuis ce huit décembre deux mil cinq, jour béni des dieux où j'ai cessé de pondre mes trois billets quotidiens (que l'on vienne prétendre le contraire) sur ce carnet ? Il s'est passé que personne (ceux là je les remercie), à part deux ou trois lèche-culs grassement payés (avec des amis comme ça...) , ne m'a souhaité "Joyeux Noël", "Bonne Année" ou pire encore "Bon Anniversaire".

Pour les fêtes passe encore mais pour mon anniversaire je ne sais pas comment je vais pouvoir pardonner à quelques uns d'entre vous d'avoir tenu à me rappeler, sans m'expédier de luxueux cadeaux compensatoires, que je viens d'être mis en quarantaine. Yes baby! Forty le fortiche! Tu ne me crois pas ? Je n'en suis pas certain non plus je t'avouerai mais une chose est sûre, c'est que l'année dernière, j'ai eu trente-neuf ans.

J'essaie de voir ce que chacun a fabriqué depuis mais je dois avouer que j'ai du mal à rattraper mon retard. Tu seras gentil donc de me faire parvenir un résumé en images avant 17:00 s'il te plait. Zaza, comme je passerai bientôt et que tu (ou alors Coust) devras faire à bouffer, tu en es dispensé aussi. Non Leblase, pas de dérogation, t'a qu'à te faire aider. Tiens, demande à Jo par exemple, elle n'a pas de blog. Yaël, dix-huit notes depuis mon départ, c'est quand même pas la mère à boire ? Et apporte à boire justement. Archi, je ne sais pas qui t'a vendu la mèche mais il est inutile de faire semblant de partir pour te soustraire à ce petit service que je te demande. Kouignaman, Pas possible ! Je ne crois pas ce que je vois ! Bon ok, va pour un résumé de tes trente commentaires sur ta note du… 24 octobre 2005. Je ne voudrais pas te bousculer mais même m'x a pondu une note depuis. Tu pourrais t'y mettre un peu quand même. Wictoria, avec toutes les images que tu mets déjà, on va dire que ça ira pour cette fois. Garg, pas mieux. Hey Garg, un soir, après avoir trop pédalé, dans mon sommeil, j'ai entendu une voix "pareille que la tienne". Si si, pareille mais en plus bourré. C'est pas moi qui était bourré puisque je n'avais pris que deux bouteilles de Sancerre (à Sancerre en plus).

Donc tu me prépares tout ça pendant que je vais lire des gens qui ont des vrais blogs eux. Des gens qui bossent quoi. Pas des comme toi et moi. Des comme Éloge, comme les Hémisphères, comme Parisian Smile, comme Elles ou encore elle.

Sinon, j'ai commencé l'année deux mil six le premier janvier. Toi aussi peut-être ? A posteriori, je constate que c'était un drôle de jour que ce jour là. J'étais quelque part en Auvergne à essayer de faire soigner un genou qui faisait des siennes. Passer aux urgences et trouver une pharmacie ouverte en province un dimanche premier janvier… je ne peux que saluer mon genou et son sens du timing.

Mais c'est pas pour ça que c'était une drôle de journée. Ce jour là, deux amis que j'aime beaucoup mettaient au monde leur premier rejeton et pour les connaître un peu, je me permet de penser qu'il n'est pas trop mal barré le marmot. Pendant ce temps, le même jour, un autre, plus grand de dix-huit décimètres celui-là a failli en profiter pour se barrer définitivement. Et moi, je mettais de la pommade sur mon genou.

Quel est ton alibi pour ce jour là ? Dans quel monde parallèle étais-tu ?

8.12.05

Un clochard c'est leste

Ça y'est. Je ne travaille plus. Dans l'immédiat, je projette de passer les deux prochains jours à célébrer la chose et le troisième à cuver. À plus long terme, genre dimanche, je vais me magner le cul pour quitter cette appartement avant le vingt décembre histoire de passer les fêtes sur les routes en compagnie de ma nouvelle liberté.

C'est étrange les choses qui me sont passées par la tête cette semaine. Dernièrement, j'ai pris les décisions les plus irrationnelles qui soient mais je me sens calme. Je cherchais hier un terme pour mieux expliquer aujourd'hui ce que je ressens et, bien que le terme soit beaucoup trop fort pour être exact, je n'ai rien trouvé de mieux que de comparer ce moment précis ou je publie ces ligne à une renaissance.

Tiens, je fais un petit aparté pour partager un truc qui m'a quand même touché cette semaine. J'ai dû en parler déjà, j'ai la flemme d'aller vérifier, mais l'horodatage de ma venue au monde est un mystère que j'ai dû résoudre moi-même. Pour rappel, j'ai découvert dans la vingtaine que je suis né un dix-huit et non pas un dix-sept comme le prétendait mon père, en janvier et non en février comme le prétendait ma grand-mère paternelle et en mille neuf cent soixante-six et non pas en mille neuf cent soixante-cinq comme l'avait un jour prétendu ma mère dans des courriers me concernant. J'ai pu découvrir tout cela car j'avais alors retrouvé l'hôpital, dont personne n'avait été en mesure de me fournir le nom, où je suis né et où le service des archives a confirmé ce que je viens d'écrire. Oh! Et c'était à cinq heures vingt-six du matin.

Bon, les années soixante, c'était une époque où la drogue était bonne et, pardonnant à tous ces défauts de mémoire dont je suis moi-même très coutumier, je persiste naïvement à croire que je n'ai pas été adopté et que je suis bien le fils de ma mère et de mon père. Bon les ressemblances m'y aident aussi. Toujours est-il qu'approchant de la (mise en) quarantaine, je n'ai, de ma vie, jamais vu ma gueule de chiard sur des photos. La seule photo de moi enfant que je possède en est une ou je porte un sombrero, les mains dans les poches, l'air timide. Je devais avoir cinq ans. Moi en version bébé, je n'ai jamais vu ça.

Comme le hasard fait bien les choses, c'est précisément cette semaine que ma mère, qui perdit naguère ses photos dans une inondation, a pu m'envoyer des versions numérisées de photos qu'elle même n'avait plus. La crevette c'est moi, le beau gosse, c'est mon frère et ma mère c'est ma mère.

C'est presque en même temps que moi que vous découvrez ces photos. Ceux qui ont l'œil critique auront déjà vu que sur certaines de ces photos où la date de développement est indiquée, j'avais plus ou moins la même gueule sur des photos développées en février 1966, en août 1966 et en février 1964 (?!?!). Quelqu'un peut-il me dire si et quand je suis né ?

Grâce à une profonde analyse des photos, je peux émettre le postulat que ma mère, si elle ne fume plus que des substances légales, s'est un peu gourée. Il me semble normal que né à la mi janvier, j'eusse encore les yeux fermés sur les photos de 1966. Mais le poupon aux yeux bien ouverts en 1964 ne peut être que mon frangin et il m'apparaît donc raisonnablement plausible que je ne sois pas sur la photo.

Un sentiment de renaissance, des photos de bébés, c'est pas adorable tout ça ? Fin de l'aparté.

Bon qu'est-ce que je fait maintenant ? Et ce blougue d'abord ? Qu'est-ce qu'il devient ? "Ben" rien ? Je veux dire qu'il continue comme ça. Comme je n'aurai plus d'ordinateur, je ne serai peut-être pas en mesure d'écrire ici aussi souvent (ça promet), ni même de répondre aux commentaires que tu as la gentillesse de me laisser parfois mais, je le garde.

Dès demain je serai sur les routes. En quelque sorte, je mènerai la vie inverse de ces héros qui m'ont bercé. C'est à dire qu'après avoir vécu les grandes heures et les décadences d'une vie qui m'a mené dans un cul de sac, je m'apprête à nouveau à vivre la plénitude de la route. Si ça se trouve, je périrai peut-être en nouveau né. Va savoir.

J'ose à peine y croire !

H + ∞

7.11.05

Gare à toi

J'ai beau te lire dans tous les sens, je ne trouve rien à redire. C'est dingue à quel point une fille comme toi pourrait me faire renoncer à mes rêves les plus fous. Je n'ai jamais ressenti aussi fort et aussi proche le sublime d'une femme que par tes mots. Je pense que tu ne dois pas ignorer totalement le fait que tu es quelqu'un de grand, de particulier, quelqu'un qui révèle sa perfectible mais inépuisable magie dans la géante humanité de sa prose. Tu ne peux pas ignorer le point faible d'une armure que tu attaques sans le vouloir à coup de mots.

Si j'ose dire aussi facilement à quel point je t'aime, c'est bien parce que je n'entend pas que tu le découvres. C'est bien parce que je n'entend plus renoncer à aucun rêve désormais. Chaque fois que j'ai tenté d'en rallier d'autres à mes rêves, j'ai échoué. Chaque fois que je les ai vécus, j'ai au moins pu faire rêver. Il y a de l'inutile dans ces deux finalités, certes, mais la seconde m'est plus supportable pour la simple raison que j'en suis peut être le seul, en tous cas le plus heureux des bénéficiaires.



Je suis donc celui qui t'aime et qui ne te le diras jamais. Même pas pour te mentir. Je te regarderai vivre. Parce que je te veux, parce que je ne veux personne d'autre que toi, je tenterai certainement d'aiguiller d'une manière subtile les rails de ton existence pour que tu viennes faire une halte sur les quais oniriques mais bien réels de cette gare à toi où j'habite parfois. Ainsi, si j'y parviens, personne ne devra renoncer à quoi que soit. Tu auras voulu ce voyage et moi je serais toujours homme à servir de compagnon et non pas l'épave que je serais si je devais m'abstenir de vivre.

Qu'est-ce donc que cet amour penseront certains? C'est vrai. Je me le demande. En amour, j'ai trouvé beaucoup et perdu tout autant. Sans regret. Il se trouve juste que j'en suis réduis pour l'heure à ma propre existence et à aucune autre. Je serais malvenu de débarquer pour te dire comment la vie pourrait être belle à nous deux. J'en serais d'ailleurs bien incapable.

Ce texte n'a aucune utilité puisque tu ne sauras jamais qu'il te concerne. À moins qu'un jour, ta tête appuyée sur l'épaule d'un homme heureux, tu me demandes de te raconter à quel moment j'ai commencé à t'aimer. Là, peut-être, tu reliras ce texte en sachant qu'il t'est dédié.

11.10.05

Presque!

Le travail est très directement proportionnel à la motivation qu'il nous inspire. C'est là une chose qui me semble évidente depuis toujours et que même les entraîneurs sportifs n'ignorent pas malgré le fait que dans certains sports leurs poulains soient surpayés.

Quelle est donc la différence entre moi et…tiens, Lance Armstrong par exemple. Non, ce n'est pas le fait que je lui aurais fait bouffer son maillot jaune en grimpant le Ventoux si je ne m'étais pas tant bourré la gueule la veille. Ce n'est pas non plus dû au fait que ce salopard dort tout les soirs avec Sheryl Crow alors que moi aussi je sais jouer de la guitare (Hum! Je veux dire que Sheryl larguerait vite son Lance à m'entendre chanter mes polkas). Non, la différence réside en ceci que Lance, même si il gagne des millions pour pédaler, est littéralement chouchouté par tous ceux qui le dirigent afin qu'il puisse donner le meilleur de lui-même.

Pendant ce temps, toi comme moi, sauf peut-être lui, l'autre là, sommes obligé de subir toutes sortes de petites humiliations parce que nos entraîneurs à nous croient nous faire une fleur en nous ordonnant de grimper ces foutus cols à la con. Ce petit préambule n'a servi qu'à vous dire que finalement, mes geôliers ont décidé de me faire chier jusqu'à la fin, et pas de la manière la plus digne qui soit. Un employeur ignore ce que "motiver ses troupes" veut dire et c'est là une responsabilité de laquelle il se défait trop facilement.

Il se trouve que lorsqu'on démissionne, c'est là une décision grave, toute empreinte d'une liberté qui n'a pour unique effet que de nous priver de moyens élémentaires pour aller de l'avant. Je savais en démissionnant que je me privais des assedics. En fait, non seulement je le savais mais j'étais persuadé que même si on me virait je n'y avais pas droit en raison d'un contrat fort mal négocié. Il se trouve que si j'avais été viré, j'avais finalement droit à sept mois sur les assedics. Pas grave. J'ai donc démissionné en me disant que j'avais un préavis à effectuer jusqu'à la fin décembre. Avant de prendre la décision de démissionner, j'avais fait des propositions pour me faire remplacer chez le client et terminer mon contrat en effectuant des tâches en interne (Je bosse pour une boucherie qui fait dans le bovin ingénieur). À cette proposition, on m'avait répondu "Ce serait bien mais là vraiment, on n'a rien à te faire faire". Deux semaines plus tard, j'envoyais ma lettre de démission. Je me suis organisé pour me faire remplacer chez le consommateur et je me disais que mon préavis allait être pépère.

Quelle erreur! Le premier jour de préavis, j'ai eu droit à la totale. Mauvaise foi, menace de ne pas me payer si je n'étais pas au bureau en temps et en heure, et surtout, ils avaient soudainement trouvé plein de choses à me faire faire. Il y a eu quelques engueulades et deux jours plus tard, je leur ai expliqué que j'étais tout à fait prêt à faire des tâches utiles pendant mon préavis mais que je souhaitais qu'ils me laissent gérer mon emploi du temps et ma présence au bureau. Il faut savoir que je peux réaliser la totalité de ce qui m'est soudainement demandé (rédaction de documents) sans même sortir de chez moi. Mais ça, ça les fait flipper grave leur race de charolaise.

J'ai donc poursuivi la semaine dernière en allant au bureau cinq ou six heures par jour, avec deux heures de draisienne pour m'y rendre et en revenir. Pour le reste, je peux être chez moi comme au bureau avec la connexion à l'intranet, le téléphone gratuit et tout et tout. Aujourd'hui, ça n'a pas raté. Un parchemail datant de vendredi dernier ou je me suis barré un peu tôt pour aller pédaler en Normandie et découvrir le Canada, un message sur mon portable ce matin à l'heure où je traversais le bois de Boulogne pour faire ma compta avec les filles avant d'aller au taf et un "Hé, il faut que je te vois" en guise de réponse à mon "Bonjour" en pénétrant dans le baobab ont tôt fait de me convaincre que les discussions de la semaine dernière n'avaient servi à rien.

Ils ont donc décidé de me faire chier sur les horaires en me demandant, je cite, d'être présent pendant mon préavis au minimum pour les heures contractuelles (trente-sept heures et demi). J'ai peut-être l'esprit mal tourné mais j'ai failli comprendre que si je pouvais en faire plus ce serait sympa. Nouvelle discussion ce matin avec Monène Pluçun qui s'était fait savonner à mon sujet par mon nain Plussedeux. J'ai dû mettre un terme à la conversation car sans déconner, j'allais chialer. Plus de cinq ans à en chier chez les clients, c'est ma boîte qui assène le coup final. Je suis profondément, encore plus qu'il y a deux semaines, dégoûté de ce monde de lentes (reprises).

Pendant les mois qui ont précédé l'envoi de ma démission, j'ai eu le droit, en guise de conseil par des potes, à toutes les astuces pour les faire chier un max et me tirer avec un max de fric sans rien foutre. J'ai bien entendu ces conseils mais j'ai finalement opté pour une manière que je croyais digne. J'ai envoyé ma démission en proposant une rencontre pour discuter de la manière dont j'allais effectuer mon préavis.

Quelle erreur (bis)! Au final, c'est moi qui l'ai dans l'os. J'ai fini par faire un parchemail ce soir en expliquant que si les horaires comptaient tant pour eux, j'allais donc m'y plier. J'ai tout de même expliqué que je trouvais cela dommage car en m'imposant cela, ils minaient gravement ma motivation ainsi que la joie et l'allégresse dans laquelle j'allais m'acquitter de cet ultime labeur. Ce stratagème de leur part ne me fera pas travailler davantage que s'ils m'avaient accordé une plus grande liberté de mouvement. En prime, ils auront droit à un magnifique tirage de tronche de ma part. Je ne vais tout de même pas sourire en plus. Parce que je suis démissionnaire, je n'ai même pas droit aux deux heures quotidiennes de recherche d'emploi que l'on accorde qu'aux licenciés.

Bien incompétent devant la législation laborieuse, j'essais de me faire expliquer les choses par les amis. Au vu de mes quelques recherches, il semble bien que c'est moi qu'on baise alors que personne ne m'embrasse. J'en déduis donc que j'ai bossé pour une pute, et grande professionnelle de surcroît.

Que dire de tout ceci. La liberté se paye cher. La convention Syntec 1486 que d'autres, je l'espère, liront mieux que moi avant de la signer est une réelle entrave à l'esprit d'initiative. Les employeurs savent être minables quant il le faut. Aujourd'hui, j'ai baissé ma garde, j'ai plié une dernière fois et si l'estocade que je leur ai servie sur parchemail leur paraîtra insignifiante et ne m'apportera aucun avantage financier, elle me donne tout de même un sentiment de dignité.

3.10.05

Lidl'alisme

Lidl n'est pas mon enseigne favorite, tant à la vue de toutes ces marques inconnues, j'ai l'impression de me retrouver dans un ancien supermarché du bloc de l'est, mais je dois avouer que le nouveau paysage visuel amené par son apparition à deux minutes de chez moi me réjouit.

J'habite depuis cinq ans une bonne petite ville de droite où les supermarchés (Super U, Intermarché) semblent n'être fréquentés que par des rombières bien franchouillardes en passe de piquer un cent mètres vers la pharmacie. Lidl, dont je ne fais pas du tout l'apologie ici, s'est installé en bas de chez moi depuis juin deux mille cinq.

La beauté de la chose est que depuis, tout mon quartier semble n'être peuplé que d'africains, d'indiens et de maghrébins. Mais où donc allaient-ils avant? Je ne les ai jamais vu au marché! J'ai donc adopté ce nouveau supermarché où, à défaut de trouver des produits convenables, on se marre comme des grenouilles tant avec les clients qu'avec les caissières, ce qui est d'autant plus rare.

Chose curieuse, dans ce supermarché, je ne trouve plus mes vieilles rombières ou alors si mais elles se font toutes petites. Je les devine par les propos de leurs maris, resté à l'extérieur pour surveiller la bagnole, qui leur disent à quel point ça les fait chier de venir là.

Est-ce que Lidl me permettrait d'inventer la science de la démographie apparente? Ca m'en a tout l'air. Personnellement, je m'en réjouit. C'est tout un monde qui s'étale désormais à la porte de chez moi.



Addenda (4 octobre 2005): Un commentaire de Elle suite à la publication de ce message est venu ajouter une vraie information à ce billet qui, comme cela est souvent le cas, manque de sérieux et de profondeur. Je me doute bien que ce Lidl en bas de chez moi ne doit pas être un endroit de rêve où il fait bon travailler, mais j'ignorais tout du groupe propriétaire et de ses pratiques de gestion. Voici quelques liens qui pourront réparer cela. Merci Elle.


Le livre noir n'est pas traduit en français et l'information sur le web francophone est à la fois assez rare et redondante. De plus, je ne trouve rien de très récent dans mes recherches alors n'hésitez pas à filer vos infos et liens dans les commentaires.

30.9.05

Cabinet d'amateur

C'est la dernière nuit avant le dernier jour de boulot. C'est fou ce que ça me fait plaisir. Demain, j'irai travailler quelques heures histoire de marquer le coup, de détruire le contenu entier de ma boîte à parchemails, de mettre à la poubelle jusqu'à la dernière de mes contributions numérisées, d'aller déjeuner une dernière fois chez Balto dans le Sentier, de prendre un pot avec quelques collègues, de remettre mon badge et mes clés avant d'aller renaître ailleurs.

La journée a fort bien commencé d'ailleurs. Dans le trajet d'une douzaine de kilomètres que je fais à vélo jusqu'à mon centre d'incarcération sociale, j'ai trouvé plaisant, pour une fois de faire tous les arrêts réglementaires que sont les feux rouges et les passages cloutés. Cela a eu l'avantage de retarder mon arrivée en enfer certes mais il y a eu des plaisirs collatéraux que je n'aurais jamais soupçonné auparavant.

La première de ces surprises survint à mon premier arrêt, le trop bien nommé Carrefour de l'Insurrection, véritable plaque tournante des octogénaires d'une petite ville de la droite bourgeoise qui se transforme en gériapole les jours de marché. À la jonction de ces vieilles artères transitent des troupeaux de vieux qui courent du marché à la pharmacie puis de la pharmacie à l'Intermarché à moins que ce ne soit l'inverse. Ils sont extraordinaires. Marchant péniblement, le corps courbé par le sac de radis et les médocs, ils trouvent néanmoins le temps de se reconnaître, de s'arrêter, de se parler, bref, de vivre et communiquer. Impossible de percevoir le contenu de leurs échanges mais le seul plaisir de les regarder se composer des attitudes de politesse et d'empathie me réjouit. Parallèlement à cela, moi qui suis prêt à laisser passer le feu vert pour le plaisir du spectacle, je m'étonne de voir quelques ancêtres quasi rampants se soumettre au stress de la traversée du passage clouté alors que le petit bonhomme rouge en freine de plus jeunes, visiblement moins pressés d'affronter leurs destins. Ces vieux savent un truc que j'ignore c'est certain mais ce n'est pas aujourd'hui que je serai initié, le feu passe au vert.

Vingt minutes plus tard, il doit être environ onze heure et quart, j'arrive au bureau. Dans la cage que je partage avec trois autres lemmings, il y a mon chef que je salue le premier et qui a la classe ne pas relever mes deux heures de retard. Je fais la tournée des paluches et je me retrouve à nouveau devant mon chef qui, ayant déjà oublié nos très récentes salutations, me tend la sienne à nouveau. Je me défais de mes gants, de mon sac, j'installe ma clé USB, je démarre ma session et je commence bosser. Trial Murder Only, Yaël, Leblase, Marina, Kouignaman, Archignac, Garg, Les Hémisphères, Gmail et bien d'autres … La journée sera longue.

Une heure plus tard, je pars déjeuner car tout effort mérite récompense. Je reviens vers les trois heures. Mais bon sang, y'a que chez Leblase que ça bouge! Bon allez, ça fait trois fois qu'il appelle celui-là, je vais m'en occuper. Bon! C'était simple finalement, je n'ai eu qu'à le diriger vers un autre service. Je vais avoir le temps de m'intéresser à cette histoire de Fraisinette et de montée de lait chez Daniel Rondeau dont Kayenne et Marie-Chantal nous faisait part plus tôt ce matin. Bon! Que dalle là aussi, Fraisinette a déjà effacé tous ses messages sulfureux (je peux avoir une copie privé via parchemail Marie-ch… euh Fraisinette?)

Sinon, j'ai relu pour la ennième fois, l'excellent billet intitulé Vivre à côté des hommes chez Marina d'Huard. Comme quoi quelqu'un d'exceptionnel ne peut que faire des rencontres d'exception. Tiens! Avec très certainement un énorme retard sur la blogosphère, j'ai aussi fait, grâce à ce damné Coust qui s'évertue à rester muet, la découverte des cahiers d'Anne Archet qui, pour ce que j'en ai lu, m'ont beaucoup envoutés.

Bon c'est pas tout ça, dix-huit heure quinze, il faut que je me casse. C'est là où mon "N plus deux" se pointe pour me faire ses adieux. J'adore ce mec. Vraiment. Il a une classe folle et il est d'un calme et d'une élégance exemplaire. Sachant qu'il n'allait pas être là le lendemain, Il pense venir me féliciter de mes projets et espère que j'en tirerai le meilleur possible. Je lui fait part de mon plaisir à l'avoir côtoyé et m'excuse, avec une mauvaise foi certaine , de n'avoir pas été le candidat que je croyais être à mon arrivée chez lui.

Sur ce, je m'en vais aller dormir. J'ai quelque rêves à étayer.


La vie (Photo: Durell N. Moriarty)

18.9.05

Rock & Roll

Alors que je travaille à poser ailleurs, les bases d'une nouvelle vie, ce n'est qu'ici que je peux me départir de l'ancienne. Je le rappelle, je suis prestataire depuis cinq ans et depuis trois ans au moins, j'ai atteint mon niveau d'incompétence dans un monde qui me dépasse largement.

Jeudi, j'ai parlé à Tintin, mon chef là où je bosse, pour lui faire part de mon intention de continuer, d'une manière plus officielle, à ne pas travailler chez lui. Mon contrat en clientèle arrive à échéance le trente septembre et comme il sait que je n'envisage pas d'embauche en interne à court terme, il prendra sur lui de signifier à ma boîte que mes services ne sont plus requis. Parallèlement, j'enverrai rapidement ma lettre de démission. Cette connivence devrait avoir pour effet que mes trois mois de préavis me seront rémunérés à rien foutre, professionnellement s'entend.

Je n'en ai donc que pour deux semaines à souffrir le retour de l'immonde jument qui a prit trois mois d'arrêt maladie pour un problème à la patte. Son vétérinaire ayant été inculpé de fraude, elle est de retour au bureau. Je me délecte d'avance de ces deux semaines où je pourrai lui sourire avec l'air de n'en avoir rien à fichtre.

Presque quarante ans et le mec largue son boulot avec rien devant lui! "Ben oui". C'est la seule chose que j'ai jamais su faire correctement. Toutes mes tentatives de stabilisation se sont soldées par des échecs notoires. Je n'ai jamais autant échoué que lorsque j'ai tenté de me fabriquer une vie en protégeant mes arrières. Les seuls moments où la vie m'appartient, c'est lorsque je décide de la prendre par son côté "Rock and Roll". Espérons que cette fois encore, ça me réussira.
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